“ Comme s’il y avait une partie de moi qui manquait…”

Le questionnement autour du genre et de la transidentitĂ© est plus visible dans nos sociĂ©tĂ©s depuis quelques annĂ©es, mais que ressent exactement un·e jeune qui s’interroge sur ce sujet ? Le ByBiSix est allĂ© interviewer un Ă©lĂšve qui se dĂ©finit comme transgenre. Parce qu’il s’agit d’une personne mineure Ă©voquant son intimitĂ©, nous avons dĂ©cidĂ© de prĂ©server l’anonymat de cet Ă©lĂšve.

Une rencontre de Clémentine Scuvie.

ByBiSix : Comment définis-tu ton genre ?

Moi, ça fait un long moment que je suis en questionnement. Et j’ai eu beaucoup de peine car je sais que tou·te·s mes ami·e·s savent s’ils sont une fille ou un garçon… et moi, c’est comme s’il y avait une partie de moi qui manquait parce que j’ignorais quel Ă©tait mon genre. Ça me faisait beaucoup de peine et maintenant, j’ai dĂ©cidĂ© d’arrĂȘter de vouloir absolument un genre… je me suis dit pourquoi vouloir absolument un genre ? Mon genre ne change pas qui je suis, pourquoi je devrais en dĂ©finir un ?

ByBiSix : quel pronom te correspond ?

Moi, tous les pronoms me vont mais ça fait un moment que je demande Ă  mes ami·e·s d’utiliser “il” car quand je leur disais qu’ils pouvaient utiliser tous les pronoms, ils n’utilisaient que « elle ».

ByBiSix : Si tu es en questionnement, à qui en as-tu parlé ?

Je n’en ai pas vraiment parlĂ©… juste avec d’autres ami·e·s qui sont eux·elles aussi en questionnement mais briĂšvement. Je pense que j’aurais dĂ» en parler.

ByBiSix : Et comment ont-ils réagi ?

Normalement ! car ils·elles Ă©taient eux aussi en questionnement. Je sais que t’as beaucoup de gens qui sont contre ça, et heureusement que j’habite en Belgique, pays plutĂŽt tolĂ©rant sur cette question … J’aimerais que ce soit pareil ailleurs aussi, mais il y a encore beaucoup de pays oĂč c’est passible de la peine de mort.

ByBiSix : comment imagines-tu la réaction de ta famille ?

Je pense qu’il leur faudra du temps pour s’adapter mais ça devrait aller car ils sont assez ouverts d’esprit.

ByBiSix : penses-tu qu’un jour la sociĂ©tĂ© acceptera les LGBTQIA+ (Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Transgenre, Queer, Intersexe, Asexuel·le et + pour les personnes qui ne se retrouvent pas dans ces dĂ©finitions) ?

Moi je pense, que oui : peut-ĂȘtre un jour… pas tout de suite parce qu’il n’y aura jamais tout le monde qui sera d’accord. Moi, je pense qu’à partir du moment oĂč chacun se mĂȘle de ses affaires, ça ira. Par exemple, l’homophobie c’est comme dire tu ne peux pas manger ce cookie car je suis en rĂ©gime ! Ça n’a pas de sens! JE mange un cookie, TU es au rĂ©gime : ce n’est pas toi qui manges le cookie, c’est moi 
 ça ne te regarde pas !

ByBiSix : selon toi, est-il plus facile d’ĂȘtre en questionnement sur sa sexualitĂ© ou son genre ?

A mon avis, sa sexualitĂ© c’est plus facile parce qu’à la fin, on aime qui on aime et c’est comme ça mais le genre c’est vraiment un truc plus profond, c’est quelque chose que tu ressens. C’est juste une question de qui tu es, et ça, ça peut ĂȘtre plus dur quand tu as l’impression que tu n’es pas qui tu es censĂ© ĂȘtre.

ByBiSix : envisages-tu de faire ton coming out ? Et si oui, comment ?

Non, je ne compte pas vraiment faire un grand coming out. Si on me demande, je réponds.

ByBiSix : trouves-tu ça normal de devoir le faire alors que les hĂ©tĂ©ros cisgenres ne le font pas ? Et qu’est-ce que ça reprĂ©sente pour toi ? (NDLR : cisgenre dĂ©signe une personne qui se sent en concordance avec le genre attribuĂ© Ă  la naissance)

Pour l’instant, les LGBTQIA+ sont beaucoup moins nombreux : ce qui veut dire que t’es hors de la “norme” pour certaines personnes. Donc faire un coming out, ça montre que oui je suis comme ça, ça ne peut pas changer, c’est comme ça que je suis, oui, je suis diffĂ©rent” mais c’est comme ça.

ByBiSix : quelles sont les questions que tu aimerais qu’on te pose ?

J’aimerais qu’on me demande quels pronoms utiliser. Je n’ai aucun problĂšme Ă  rĂ©pondre Ă  des questions pour savoir comment je fais, moi, avec mon genre et ma sexualitĂ©… surtout si c’est pour en aider d’autres.

ByBiSix : et inversement ?

Je dĂ©teste les questions moqueuses ou “haha toi, t’aimes les filles”!

ByBiSix : as-tu un message à adresser à la société en tant que personne LGBTQIA+ ?

C’est vraiment un truc qu’il faut garder en tĂȘte quand on fait son questionnement que tu es qui tu es… MĂȘme si tu es une fille ou un garçon ou autres, ça ne change pas qui tu es, tu es toujours, toi ! Et qui tu aimes, ça n’a rien Ă  voir ! si demain, t’aimes un garçon, tu aimeras un garçon, si demain, tu aimes une fille, t’aimeras une fille. Ce n’est pas un truc qui doit faire peur aux gens ! Pareil pour le genre : c’est comme ça !

A la suite de cette interview, le ByBiSix tient à remercier cet élÚve pour sa franchise et sa maturité.

SONDAGE : Pressé·e comme un citron ?

Des travaux qui s’accumulent, des tests qui s’enchaĂźnent, de nouvelles Ă©chĂ©ances Ă  respecter, nombreux et nombreuses sont les Ă©lĂšves qui vivent leur scolaritĂ© avec un sentiment de pression. Une pression que les examens ne font qu’exacerber… Au ByBiSix, on a donc dĂ©cidĂ© de vous interroger sur le sujet.

Une enquĂȘte de Cyanne Irakoze, avec la participation de Clara Veithen.

Afin d’avoir une reprĂ©sentation chiffrĂ©e de ce sentiment de pression, nous avons rĂ©alisĂ© un sondage via ITSL : 20% des Ă©lĂšves du LycĂ©e y ont rĂ©pondu (293 sur les 1458 Ă©lĂšves que compte l’école), On remarque que ceux qui ont le plus rĂ©pondu Ă  notre enquĂȘte sont en 4Ăšme, 5Ăšme et 6Ăšme : ils reprĂ©sentent 65,2 % des rĂ©ponses. Ce qui nous intrigue c’est de savoir s’ils ont Ă©tĂ© plus nombreux Ă  nous rĂ©pondre car ils utilisent plus frĂ©quemment itslearning ou alors parce que le sujet les intĂ©resse davantage puisque la pression est plus ressentie dans ces annĂ©es-lĂ  ?

Les résultats du sondage !

A la question “ressentez-vous une pression scolaire ?”, 84,6% des Ă©lĂšves sondé·e·s rĂ©pondent positivement. Notre enquĂȘte rĂ©vĂšle que la source de la pression serait l’élĂšve lui-mĂȘme (pour 64,8 % des sondé·e·s), ce qui est Ă©tonnant car nous ne nous attendions pas Ă  ce que les Ă©lĂšves reconnaissent qu’ils sont la source principale de leur pression scolaire. Il y a ensuite les professeurs (pour 63,1%), les parents ( pour 38,9%) et les amis (pour 7,5%). Voici ce que cela donne dans un beau camembert.

Il semblerait donc que la pression se construirait Ă  plusieurs niveaux et que vous en avez conscience. Cela rejoint l’idĂ©e exprimĂ©e, en conseil de participation, par la directrice adjointe, Mme Dromelet : “la pression scolaire, c’est comme une lasagne, il y a plusieurs couches”. Peu d’élĂšves sondĂ©s identifient l’origine de la pression dans les rĂ©seaux sociaux ou les mĂ©dias. Les quelques Ă©lĂšves qui nous ont laissĂ© une rĂ©ponse ouverte pointent, quant Ă  eux, « le systĂšme scolaire, qui favorise plutĂŽt la rĂ©ussite que l’apprentissage » et « la sociĂ©tĂ© pour qui terminer ses Ă©tudes est crucial sinon, l’élĂšve n’aura pas d’avenir prometteur (avenir liĂ© Ă  l’argent). »

Cette pression ressentie engendre principalement de la dĂ©motivation (pour 61,1%), des crises d’angoisse (pour 36,9%), un blocage (pour 32,8%) et du dĂ©crochage (pour 31,1%). 26, 6 % des Ă©lĂšves interrogé·e·s disent compenser par une surorganisation et 46,8 % ont le sentiment de sacrifier leur temps libre.

Une Ă©lĂšve nous confie : “Je suis tout le temps stressĂ©e, sur les nerfs, je n’arrive pas Ă  dormir le soir car je pense Ă  mon organisation pour pouvoir surfer entre mes activitĂ©s et les devoirs, en plus, on n’a que 2 jours de week-end et il faut encore penser Ă  l’école
”. Un autre : “J’angoisse et je stresse donc je procrastine. Je procrastine donc je n’ai plus assez de temps, je n’ai plus assez de temps donc je fais une crise d’angoisse. RĂ©sultat, je travaille jusqu’Ă  3h du matin pour ensuite, m’endormir en cours et recommencer Ă  angoisser. » Quelques-un·e·s Ă©voquent l’effet bĂ©nĂ©fique de la pression sur eux·elles : “Avec cette pression, j’apprends Ă  mieux me rĂ©organiser et surtout je ne baisse pas les bras car je veux atteindre mes objectifs !”

En constatant tout ce stress, nous ne voulions pas finir cette enquĂȘte sans vous donner de solutions. C’est pourquoi, nous sommes allĂ©s Ă  la rencontre d’élĂšves et de professeurs pour vous conseiller, vous aiguiller sur la maniĂšre dont vous pouvez apprĂ©hender la session d’examens.

« L’escalade de la montagne se fait par petits pas… »

En premier lieu, nous avons demandĂ© Ă  Mme PiĂ©rart, professeure de mĂ©thode, ce qu’elle conseillerait aux Ă©lĂšves pour diminuer la pression : “il me semble que souvent, face Ă  la pression, nous avons rĂ©guliĂšrement le sentiment d’ĂȘtre dĂ©passĂ©, de ne pas ĂȘtre capable d’y arriver, de ne pas savoir par oĂč commencer tellement la liste est longue
Et justement, pour faire face Ă  la pression, si on commençait par l’objectiver en Ă©tablissant une liste la plus exhaustive possible, composĂ©e de toutes petites choses bien concrĂštes mais aussi bien sĂ»r des travaux ou des objectifs plus vastes que l’on pourra dĂ©tailler par la suite. Une petite voix s’insurgera : Oui, mais dans ce cas, je suis encore plus dĂ©couragĂ© car elle est trop longue et je sais que jamais je n’y arriverai ! L’escalade de la montagne se fait par petits pas
La gestion de la pression se fait aussi par petits pas, mais en osant la considĂ©rer de de façon lucide de maniĂšre Ă  pouvoir y faire face objectivement. Quand j’ai rĂ©alisĂ© une liste de choses Ă  faire, je peux commencer par les tĂąches les plus simples, rapides, faciles ; j’ai ainsi le sentiment de m’accomplir, de constater que je peux faire des choses, et cette constatation est trĂšs stimulante et donc encourageante pour aborder d’autres points. J’ai aussi et surtout cette joie de barrer certains points de ma liste ; ce qui est trĂšs enivrant. Et je terminerai lĂ -dessus ; point trĂšs dopant, je combats un autre ennemi majeur qu’est la procrastination
enfin, j’avance, je me sens moins stressĂ©, je constate que je suis plus efficace, je suis un petit peu fier de moi, j’ai plus de courage et de confiance en moi
. Et ensuite, de temps en temps entre deux tĂąches, je fais une pause et je vais jouer avec mon chien ! Et cela aussi, je le mets sur ma liste !”

Mme Baudson, Ă©galement chargĂ©e des cours de mĂ©thodologie ajoute “mon truc un peu bizarre c’est faire le vide... Marcher… Observer, ne pas penser pendant un temps pour se remplir d’idĂ©es nouvelles et donc dynamisantes. C’est inconfortable le vide mais c’est riche, croyez-moi ! et de terminer par une citation de A. Jodorowski : Le camĂ©lĂ©on pour trouver sa vĂ©ritable couleur se pose sur le vide !  » Pour ce qui est des conseils des Ă©lĂšves, ils tournent autour de la mĂȘme idĂ©e qui est de : s’occuper en faisant des choses qu’on aime pour penser Ă  autre chose et Ă©quilibrer les temps de plaisir et de travail, ou bien faire des exercices de respiration, parler de ce qu’on ressent avec ses proches. Toutes ces choses peuvent aider Ă  moins stresser et donc vivre une pression plus saine. »

Mon premier CP

Dans deux de nos prĂ©cĂ©dents articles, nous faisons mention du conseil de participation mais j’avoue qu’avant de rejoindre le ByBiSix, j’ignorais l’existence de cet organe de consultation. Alors, j’ai dĂ©cidĂ© d’assister Ă  l’une de leurs rĂ©unions et de vous dĂ©crire ce qu’il s’y passe. C’était le lundi 25 avril (2022), au BiĂ©reau, Ă  la bibliothĂšque. 

Un article de Clara Veithen, avec l’aide de StĂ©phanie Morsomme

Commençons par les prĂ©sentations : qui assiste Ă  un conseil de participation ? Il y a, Ă©videmment, le directeur Mr Dejemeppe et la directrice adjointe, Mme Dromelet (Mme Sandron Ă©tait absente). L’association des parents est reprĂ©sentĂ©e par six parents Ă©lus : M. Timmermans , M. Lienart, M.Beels, Mme de Berg, Mme Malevez et Mme Floor (absente ce lundi).  Six professeurs sont Ă©galement prĂ©sents : mesdames Glorieux, Vermeulen, Villers, Buxant (absente ce lundi), et messieurs Braeckmans et Delabie. Enfin, viennent les dĂ©lĂ©guĂ©s de niveaux, encadrĂ©s par M. Collard. En 1Ăšre: Paul; en 2Ăšme: Clarisse; en 3Ăšme: Maximilien; en 4Ăšme: Arthur; en 5Ăšme: Titouan et en 6Ăšme: Alexander.  

Voici à quoi ressemble une réunion du CP. Sur la photo, on reconnait la direction, les représentants des élÚves, M. Collard et M. Braekmans.

Quand, peu aprĂšs 17h, les Ă©changes commencent, je trouve que chacun semble rester sur sa rĂ©serve. Il fait trĂšs calme.  Cela n’a, toutefois, pas Ă©tonnĂ© Clarisse, reprĂ©sentante des 2Ăšmes, dĂ©jĂ  rompue Ă  l’exercice visiblement. Pour elle, c’est une ambiance propice au dialogue.  Les dĂ©bats sont menĂ©s par Mme Dromelet, qui recontextualise chaque question et la conclut. Quels sont les sujets qui ont retenu mon attention ? 

Tout d’abord,  je mentionnerai les Ă©changes sur l’organisation des sessions diffĂ©rĂ©es en janvier. Chacun des groupes reprĂ©sentĂ©s a pu donner son avis : du cĂŽtĂ© des Ă©lĂšves, les dĂ©lĂ©guĂ©s de niveau ont dit ne pas avoir reçu d’échos nĂ©gatifs. 

Le thĂšme qui a suscitĂ© le plus de rĂ©actions chez les Ă©lĂšves est la pression scolaire. Selon Arthur, certains Ă©lĂšves sont tĂ©tanisĂ©s par les Ă©preuves de juin. Il ajoute qu’anticiper et s’organiser varie en fonction de la maturitĂ© des Ă©lĂšves. Alexander suggĂšre au LycĂ©e d’offrir une aide pour s’autonomiser face au travail.  La direction rappelle alors que l’école organise une sĂ©rie de cours de mĂ©thodologie et que les coordinateurs·trices pĂ©dagogiques peuvent faire un suivi plus personnalisĂ©. L’idĂ©e d’ateliers de 2-3h par annĂ©e est lancĂ©e ainsi que la nĂ©cessitĂ© d’identifier les niveaux d‘autonomie attendu par annĂ©e. Mme Dromelet souligne que la pression scolaire comprend plusieurs couches : la couche scolaire, certes, mais la sociĂ©tĂ©, les parents, les amis, les Ă©lĂšves y ajoutent souvent des couches… Bref, la pression scolaire, c’est un peu une sorte de lasagnes, selon elle. 

Vient ensuite la liste des envies des 5Ăšmes : Titouan rapporte le souhait de ses condisciples d’organiser des activitĂ©s « fun » au LycĂ©e, comme une chasse aux oeufs, une journĂ©e sportive ou une  journĂ©e dĂ©guisement (il prĂ©cise savoir que certains professeurs y sont opposĂ©s). Arthur revient, quant Ă  lui, sur son dĂ©sir de faire un mur d’expression et de customiser les toilettes par les Ă©lĂšves.   La direction leur rappelle que, pour lancer de tels projets, il faut trouver une personne ressource et faire un planning au prĂ©alable. On se rend compte que pour cette annĂ©e, ça semble cuit. Le bal des 2Ăš, lui, aura bel et bien lieu le 24 juin : Clarisse annonce avoir trouvĂ© un prof responsable, Mme Dehaye. 

Le dernier point abordĂ© concerne l’accueil de rĂ©fugié·e·s ukrainien·ne·s au sein du LycĂ©e. Pour favoriser leur intĂ©gration, Alexander suggĂšre de faire appel aux Ă©lĂšves russophones volontaires, lesquel·le·s pourraient faire office d’interprĂštes. Paul propose d’organiser des cours de Français le mercredi aprĂšs-midi, en faisant appel Ă  d’anciens professeurs de Français. Mme Dromelet souligne  alors qu’il faut veiller Ă  ne pas surcharger leur horaire. 

Vers 19h, la rĂ©union se termine. Les diffĂ©rents groupes Ă©changent encore quand je quitte la bibliothĂšque. 

Les deux articles précédents qui traitent du conseil de participation sont : quelle rÚgle pour demain au Lycée ? et quelles solutions contre les tags ?

“ArrĂȘte de faire le thug, espĂšce de Cassos ! »… « Je m’en balec de ce que tu dis ! »

Leçon 4

Faire le thug : se dit de qqn qui ne se soucie pas des rĂšgles, “faire le rebelle”. On ne va pas vous mentir : cette expression n’est pas trĂšs bien cernĂ©e, ni par nos journalistes ni par les jeunes qui l’utilisent. Il faut dire que ses origines sont des plus singuliĂšres. Elles remontent Ă  l’Inde du XIIIe-XIVe siĂšcle sous forme d’une secte formĂ©e principalement d’assassins professionnels qui Ă©taient rĂ©putĂ©s pour assassiner les voyageurs par strangulation. Par la suite, ce mot s’est mis Ă  ĂȘtre utilisĂ© pour caractĂ©riser un voyou, un bandit ou un rebelle utilisant la violence.

Cassos : Cette insulte est l’abrĂ©viation d’une expression connue de tous : “cas social”, qui est utilisĂ© pour qualifier une personne en situation difficile pouvant entrainer une exclusion sociale et nĂ©cessitant une prise en charge de la sociĂ©tĂ©. Dans la bouche d’un jeune, ce terme insultant semble avoir perdu son origine mĂ©prisante et est utilisĂ© pour souligner la diffĂ©rence, le dĂ©calage entre diffĂ©rentes personnes, parfois avec humour. Il est maintenant la version plus moderne du terme « baraki ».

Balec : AbrĂ©viation de l’expression “Je m’en bats les c*****es”. A l’origine, le mot “couille” Ă©tait aussi utilisĂ© pour dĂ©crire une erreur ou un Ă©chec. “Je m’en bats les c*****es” veut donc simplement dire que l’on ne se soucie pas ou on ne prĂȘte pas attention Ă  ce qui va arriver, aux consĂ©quences. Ainsi, le mot “couilles” ne renverrait pas spĂ©cialement au sexe masculin. Que penser dĂšs lors de ces versions fĂ©minisĂ©es : “je m’en bats le c***o” ou encore le plus chaste “je m’en bats les ovaires” (entreprise qui semble complexe) ?

Voici quelques petits conseils pour une utilisation pertinente et digne :

En classe : « Je suis dĂ©solĂ©, j’ai encore fait le thug et j’ai oubliĂ© de faire des trous dans vos copies !”

En voyage scolaire : Je vous rappelle de bien vous comporter, vous reprĂ©sentez l’image du lycĂ©e. Tachez au moins de ne pas vous comporter comme des cassos !

Devant la photocopieuse : “ Jean-Michel, tu es pressĂ©, tes Ă©lĂšves t’attendent ? Ouais, mais j’m’en balec, fais Ă  ta guise, Martine ! »

Une explication d’Apolline Thiry.

Dans la tĂȘte des Ă©lĂšves…

Le ByBiSix a interrogĂ© quelques Ă©lĂšves du BiĂ©reau sur leur temps de dĂ©crochage pendant les cours. On vous laisse dĂ©couvrir les rĂ©ponses donnĂ©es… en toute franchise.

Son et montage de Guillaume Bekkers, avec la participation de Lola Dogné pour les illustrations.

 PrĂ©sentation du tournoi de foot de l’école

Le tournoi de foot de l’école est un Ă©vĂšnement qui se dĂ©roule chaque annĂ©e Ă  partir de janvier. Les matchs se jouent au BiĂ©reau : ils commencent vers 12h20/30 et finissent aux alentours de 13h.

Un article de Tristan de Salle

Le dĂ©roulement du tournoi : 

Le match de gala : 

Ce match est organisĂ© pour ouvrir le tournoi.  Les deux finalistes de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente s’affrontent en match amical. Cette annĂ©e les gagnants de l’annĂ©e passĂ©e ont remportĂ© le match. Les 5Ăšmes de 2021 ont donc rĂ©itĂ©rĂ© leur titre. 

Les matchs de barrage :  

Les barrages sont des matchs Ă  Ă©limination directe. Les matchs de barrage ont Ă©tĂ© instaurĂ©s car au dĂ©but du tournoi, il y a toujours trop d’équipes. Donc grĂące Ă  ces matchs le nombre d’équipe baisse et les phases de poules peuvent commencer.  

La phase de pools :  

La phase de pools, c’est 8 groupes composĂ©s de trois Ă©quipes. Ces trois Ă©quipes se rencontrent les unes et les autres. À la fin, quand toutes les Ă©quipes se sont rencontrĂ©es, on fait un classement. Sur les trois Ă©quipes de la pool, les 2 Ă©quipes ayant les plus de matchs gagnĂ©s se qualifient pour la suite. 

Les matchs Ă  Ă©liminations directes : 

Les matchs Ă  Ă©limination directe se dĂ©roulent aprĂšs les phases de poules. IL y a d’abord les huitiĂšmes de finale, ensuite les quarts de finales puis les demi-finales et enfin la finale, gĂ©nĂ©ralement dĂ©but juin. 

La grande finale

En gĂ©nĂ©ral, les finalistes sont des 5emes ou des rhĂ©tos. Mais cette annĂ©e, une Ă©quipe de 3Ăšmes-4Ăšmes s’est hissĂ©e jusqu’Ă  ce niveau (les Ros Drill).

Le jour de la grande finale, il y beaucoup de monde et d’ambiance. Les confettis, fumigĂšnes et tambours sont de sortie.  Mais, l’annĂ©e passĂ©e, des dĂ©bordements ont eu lieu : des propos obscĂšnes et haineux ont Ă©tĂ© lancĂ©s.   Afin que cette situation tendue ne se rĂ©pĂšte pas,  les organisateurs ont dĂ©cidĂ© d’imposer de nouvelles rĂšgles cette annĂ©e. 

NouveautĂ© de cette annĂ©e :  

La carte verte en cas de faute grave ou de manque de fair play (injures,…) avec suspension de deux minutes. 

Objectif : ne pas subir les commentaires irrespectueux habituels du milieu footballistique, Ă©duquer un minimum au comportement sportif. 

Les organisateurs en 2021-2022:  

Oscar AndrĂ© 

NaĂŻm Aghras 

Robin Van Hove  

Tim Kia Ntoni 

Jonas Trine  

Eliott Lederer 

Sous l’encadrement de M VanorlĂ©.

“Le ChĂąteau ambulant : magique !”

Une critique d’Emma Ngoie.

“Le chĂąteau ambulant” est un film animĂ© japonais que je trouve magique. Magique car ce film nous marque par ses personnages, son atmosphĂšre, son histoire. Son auteur, Haya Miyazaki, rĂ©compensĂ©, Ă  plusieurs reprises pour ses crĂ©ations, a su produire une animation touchante et particuliĂšre. Avec le “chĂąteau ambulant”, il adapte le roman “le chĂąteau de Hurle” de l’autrice britannique, Diana Wynne. C’est certainement pour cette raison que les personnages Ă©voluent dans un dĂ©cor trĂšs “europĂ©en” : on se croirait dans une petite ville bavaroise du dĂ©but du 20Ăšme siĂšcle. Nous sommes “en rĂ©alitĂ©â€ dans le royaume d’Ingary, peuplĂ© de sorciers et de sorciĂšres dont la plus puissante et le plus horrible est la « sorciĂšre des landes ». Celle-ci est en concurrence avec Hauru, un sorcier Ă  l’apparence androgyne, qui vit dans le fameux chĂąteau ambulant, amoncĂšlement de bois et de ferrailles ayant la capacitĂ© de se dĂ©placer par sa seule volontĂ©.

Le premier personnage que l’on rencontre est la jeune Sophie. AĂźnĂ©e de la famille, elle a dĂ» reprendre, Ă  la mort de son pĂšre, la modeste chapellerie de ce dernier. Un jour, Sophie sort pour aller rendre une visite Ă  sa sƓur mais elle se fait harceler par deux militaires qui essayent de la sĂ©duire. GrĂące Ă  l’aide d’un jeune homme mystĂ©rieux. Sophie peut s’échapper de cette situation et partage un moment enchanteur avec lui. Mais cette rencontre attise la jalousie de la SorciĂšre des Landes, qui maudit Sophie, laquelle doit dĂ©sormais vivre dans le corps d’une femme de nonante ans ! Sophie fuit alors son foyer et se voit embarquĂ©e, par hasard (?), dans le chĂąteau ambulant. Elle y retrouve son sauveur, qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre Hauru et comprend que le jeune sorcier a besoin d’aide pour vivre en paix… La suite, Ă  vous de la dĂ©couvrir ! L’anime est disponible sur Netflix.

Au fil de cet animĂ©, vous pourriez, comme moi, espĂ©rer que Sophie et Hauru puissent vivre dans notre monde ou…mĂȘme espĂ©rer vivre une histoire d’amour aussi fabuleuse que la leur ! Parce qu’en soit l’amour n’est-il pas la plus belle des choses qui nous permet de toujours nous dĂ©passer ? Sophie se bat tout le long du film Ă  la fois pour elle-mĂȘme et pour sa relation (malgrĂ© la difficultĂ© et ses propres doutes), elle ne recule pas devant la peur et affronte donc des obstacles difficiles et des situations compliquĂ©es. En regardant le film, on ne peut qu’admirer sa force et son courage. Ce qui m’a vraiment plu dans cet animĂ©, c’est que contrairement Ă  certaines histoires d’amour oĂč les personnages tombent directement amoureux, dans “le chĂąteau ambulant”, Sophie et Hauru traversent des expĂ©riences qui leur ont permis de se dĂ©couvrir et de renforcer leur amour, ce qui est plus rĂ©aliste et qui donc nous permet aussi de s’attacher Ă  ces deux personnages. C’est aussi une aventure qui a permis Ă  Sophie Ă  s’aimer ; c’est un long chemin qu’elle mĂšne vers son acceptation et on ne peut ĂȘtre qu’admiratif.

Komi cherche ses mots

Ces derniĂšres annĂ©es ont vu Ă©merger un nouveau style de dĂ©coupage dans le monde de l’animation japonaise : les longs arcs Ă  la “One piece” ou “Naruto” ont fait dĂ©sormais place Ă  un enchaĂźnement d’épisodes avec diffĂ©rents scĂ©narios et sans lien entre eux, le tout en gardant un fil conducteur. L’anime que nous critiquons aujourd’hui rentre dans cette nouvelle catĂ©gorie. Écrit par Tomohito Oda et animĂ© par le studio OLM, « Komi cherche ses mots » est disponible sur Netflix. Une  saison est pour l’instant sortie. Cet animĂ© d’humour/romance raconte l’histoire de ShĂŽko Komi, une lycĂ©enne qui gagne une grande popularitĂ© de par sa beautĂ© et son Ă©lĂ©gance. Mais derriĂšre ses airs de fille parfaite, Komi est atteinte d’un grave trouble de la communication qui l’empĂȘche de communiquer Ă  l’oral en public, Hitohito Tadano, un Ă©lĂšve moyen sera le seul Ă  se rendre compte de ce problĂšme et va donc aider Komi dans son objectif d’atteindre les 100 amis. La sĂ©rie a dĂ©jĂ  remportĂ© le prix de la meilleure comĂ©die lors de la 6Ăšme Ă©dition des “Crunchyroll Anime Awards” (une cĂ©rĂ©monie organisĂ©e par la plateforme de streaming Crunchyroll qui rĂ©compense les anime sortis durant l’annĂ©e ) et ce n’est pas pour rien, ses personnages sont attachants, l’humour fonctionne bien sans tomber dans le fan-service et l’animation est au petits oignons. La bande son originale est travaillĂ©e elle aussi, un plaisir auditif (j’ai personnellement adorĂ© l’opening). On ne s’ennuie jamais, les scĂ©narios des Ă©pisodes sont toujours originaux et uniques. Si vous ne savez pas quoi regarder, que vous aimez les animĂ©s ou encore si vous avez adorĂ© “Kaguya-sama : Love Is War” je ne peux que vous recommander cette Ɠuvre de Tomohito Oda . 

Une critique d’Enguerrand de Salle

  La beautĂ© avant tout

Une nouvelle de Méline Vico, rhétoricienne

Tout commença lors de ma premiĂšre sortie, mes deux grandes sƓurs s’arrĂȘtaient constamment pour s’extasier devant les hommes qu’on croisait, Ă  coup de rires et de messes basses et cela usait ma patience. En effet, pour moi, la vue de ces garçons Ă©tait synonyme d’un sentiment dĂ©sagrĂ©able qui m’était jusqu’alors inconnu. Suite Ă  mon malaise, j’accĂ©lĂ©rai le pas pour inciter mes sƓurs Ă  mettre fin Ă  leur discussion. Cela fonctionna car elles revinrent vers moi avec une expression grave. La plus jeune des deux caressa mon masque avec bienveillance. MalgrĂ© son geste rĂ©confortant, je vis une larme couler sur sa joue.

Deux ans plus tard, j’avais douze ans, je commençai donc Ă  aller Ă  l’école. LĂ -bas, les cours et toutes les discussions tournaient autour du systĂšme unique de notre ville et de sa devise : « VĂ©nus : un choix infini de partenaires. ». En effet, il y a septante ans, des scientifiques dĂ©finirent les canons de beautĂ© universelle fĂ©minins et masculins. Suite Ă  cela, les habitants de VĂ©nus devinrent attirants pour le monde entier en adoptant les physiques parfaits grĂące Ă  la chirurgie. Depuis, tous les citoyens de cette ville ont exactement le mĂȘme corps, au reflet de cette dĂ©couverte. Les enfants, quant Ă  eux, portent des survĂȘtements couvrant tout leur corps et un masque Ă  l’effigie de leur futur visage jusqu’à leurs dix-huit ans, oĂč ils seront opĂ©rĂ©s pour obtenir le physique parfait. GrĂące Ă  ce systĂšme, la peur de la solitude et les complexes disparurent.

Je sortais rĂ©guliĂšrement avec mes amis Loan et Lucie, nous passions nos soirĂ©es Ă  danser et Ă  rencontrer de nouvelles personnes sans sĂ©duction car les mineurs n’ont pas droit aux relations amoureuses. Un de ces soirs, nous fĂźmes la connaissance de Camilia, une fille avec une longue robe rouge Ă©carlate et un voile fuchsia recouvrant ses cheveux, dont le timbre de voix avait quelque chose d’exotique. Elle nous apprit une danse endiablĂ©e sur laquelle nous nous dĂ©chainĂšrent jusqu’à l’épuisement total. AprĂšs notre performance, nous Ă©tions Ă©reintĂ©s. Notre nouvelle amie Ă©tait la moins fatiguĂ©e d’entre nous, elle prit donc la parole pendant qu’on reprenait notre souffle : Â« Cela fait longtemps que je voulais faire cette danse. Mes parents ont insistĂ© pour que je l’apprenne thĂ©oriquement depuis ma naissance car elle est un hĂ©ritage important de notre pays d’origine. MalgrĂ© ça, ils ne veulent pas que je la mette en pratique avant notre majoritĂ©. Â». Loan enchaina: « Pourquoi te l’interdisent-ils ? Â». Camilia rĂ©pondit avec un petit rire pĂ©tillant : « Quand on danse, nos vĂȘtements ont tendance Ă  se soulever en laissant apercevoir des parties de notre peau. En plus, cette danse se fait en duo, donc les partenaires ressemblent Ă  un couple. Tu n’avais pas remarquĂ© ? ». Nous fĂ»mes tous les trois soufflĂ©s par son air dĂ©contractĂ© alors qu’elle nous annonçait que nous venions de transgresser deux rĂšgles fondamentales de VĂ©nus. Pourtant, je ne ressentis pas de peur en repensant au moment oĂč j’entraperçus la cheville de Lucie et oĂč je sentis de la fraicheur le long de mes bras mais bien de l’excitation. J’étais simplement heureuse d’avoir vĂ©cu une expĂ©rience inĂ©dite avec mes amis : la dĂ©couverte de l’autre donnait du sens Ă  ma vie. Et cela me motiva Ă  sortir tous les soirs suivants.

Il y a un an, suite aux nombreuses soirĂ©es auxquelles je participai, mes rĂ©sultats scolaires devinrent catastrophiques. Cela inquiĂ©ta mes parents, ils m’interdirent de sortie jusqu’à l’arrivĂ©e de meilleurs rĂ©sultats. Comme je ne pouvais pas m’imaginer vivre sans mes amis, ma seule option fut de me mettre au travail. C’est en lisant le contenu de mes cours que je rĂ©alisai pourquoi je n’avais pas pu Ă©tudier pleinement depuis cinq ans, ce n’était pas la paresse mais bien la peur de cette norme et ma distinction par rapport Ă  celle-ci. Je rĂ©alisai que j’Ă©prouvais un dĂ©gout insupportable Ă  l’encontre des figures parfaites de cette sociĂ©tĂ©. J’avais compensĂ© cette rĂ©pulsion par une affection pour les personnes de mon Ăąge qui me semblaient tellement plus belles et rĂ©elles. Mais le sentiment qui prĂ©dominait, c’était l’angoisse d’ĂȘtre diffĂ©rente, je ne pus pas l’accepter Ă  moins d’avoir une preuve irrĂ©futable de mon altĂ©ritĂ©.

AprĂšs une longue rĂ©flexion, j’en conclus que la diffĂ©rence fondamentale d’Ă©tat d’esprit entre les enfants et les adultes provenait du fait que ceux-ci avaient des relations amoureuses. Je devais donc en expĂ©rimenter une pour comprendre. Je me rapprochai du grand frĂšre de Loan. AprĂšs un certain temps, nous avons dĂ©cidĂ© de nous embrasser, malgrĂ© quelques rĂ©ticences de sa part dues aux rĂšgles de la ville. Nos langues se mĂ©langĂšrent pendant ce qui me sembla une Ă©ternitĂ©. DĂšs qu’on eut terminĂ©, je courus hors de sa maison. Quand je fus assez Ă©loignĂ©e pour que personne ne me voie, je me mis Ă  vomir. La rĂ©ponse avait le mĂ©rite d’ĂȘtre claire, j’étais diffĂ©rente.

AprĂšs ce choc, je tentai de mettre de l’ordre dans mes idĂ©es. Je savais ce que tout cela signifiait, j’allais devoir vivre en mentant constamment, en craignant chaque jour que quelqu’un dĂ©couvre mon secret. Dans deux mois, j’aurai aussi un corps qui me rĂ©vulse au plus haut point. Pourquoi dois-je subir cela ? Cette question se rĂ©pĂ©tait sans cesse dans ma tĂȘte. Je voulais comprendre, je devais comprendre. Peut-ĂȘtre qu’en dĂ©couvrant d’oĂč venait mon anomalie, je pourrais m’en accommoder.

C’est avec cette idĂ©e en tĂȘte que, pendant le mois suivant, je fis de nombreuses recherches, en quĂȘte de la moindre information intĂ©ressante. La plupart du temps, les sites sur lesquels je tombai Ă©taient Ă©tranges quand ils n’étaient pas inexistants. Il y en a tout de mĂȘme un qui attira mon attention, c’est un article sur les difficultĂ©s qu’avaient certaines personnes avec le systĂšme de VĂ©nus. Les « aesthĂ©tiques Â», comme ils nous appelaient, n’avaient droit Ă  aucune alternative et l’article terminait en disant que cela s’estompait souvent avec le temps. Cette conclusion ne fit qu’augmenter mon mal-ĂȘtre. Pourquoi personne ne prend au sĂ©rieux ce que je vis ? Cela me donna tout de mĂȘme une idĂ©e, s’il existe d’autres personnes comme moi, je peux les trouver sur les rĂ©seaux. Je  tombai sur le poste d’un certain « Primera Â» qui exprimait son dĂ©sarroi face Ă  ce monde sans couleur. Dans les commentaires, je vis des milliers de messages remplis de haine et d’appel au suicide. Cela me figea sur place, je ne comprenais pas comment tant de personnes avaient pu lui envoyer ces horreurs en Ă  peine dix minutes. Il effaça son compte une heure aprĂšs et c’est ainsi que je rĂ©alisai que ma seule solution Ă©tait de disparaitre. Quitter mes amis Ă©tait le moindre de mes soucis Ă  prĂ©sent.

Trois jours avant mon anniversaire, je pris toutes mes affaires et le premier bus pour la pĂ©riphĂ©rie de VĂ©nus. Comme le trajet durait deux heures, je m’endormis. Je rĂȘvai d’une fĂȘte Ă  laquelle je ne participais pas, je la regardais de loin. Soudain, quelqu’un me tendit la main en souriant, c’était Camilia et on se mit Ă  danser. Au rythme de la chorĂ©graphie, elle enlevait tour Ă  tour son masque, son voile et pour finir sa robe trop longue sous laquelle se trouvait une autre Ă©tincelante. Elle me sembla de plus en plus belle, et Ă  cet instant, je compris ce qu’était l’amour, cette envie d’ĂȘtre avec l’autre pour l’éternitĂ© car on l’aime dans son entiĂšretĂ© et pour sa singularitĂ©. Je me rĂ©veillai au terminus. En sortant, je remarquai que j’étais la derniĂšre passagĂšre et l’état pitoyable de l’endroit oĂč j’étais arrivĂ©e. Les bĂątiments Ă©taient dĂ©labrĂ©s et il n’y avait pas Ăąme qui vive. MalgrĂ© cela, je dĂ©cidai de trouver la sortie de VĂ©nus. Au coucher du soleil, je repĂ©rai enfin un panneau rouillĂ© qui indiquait la direction de la sortie. Je finis par arriver Ă  la limite entre VĂ©nus et le reste du monde. Je n’en crus pas mes yeux en constatant ce dĂ©sert de sable turquoise qui s’étendait Ă  perte de vue. Il n’y avait donc jamais rien eu d’autre que VĂ©nus ? Je restai lĂ , figĂ©e, pendant de longues heures, je n’arrivais pas Ă  accepter cette rĂ©alitĂ© invraisemblable
 Je repris enfin mes esprits, VĂ©nus n’Ă©tait plus une option. Je pris la dĂ©cision d’avancer dans l’espoir de trouver un lieu habitable dans cette mer de sable. Je jetai derriĂšre moi mes survĂȘtements, marques de mon passĂ©. Je marchai deux jours sans m’arrĂȘter, mais il n’y avait toujours aucun signe de vie. Je dus me rendre Ă  l’évidence, j’étais perdue et assoiffĂ©e, je ne pourrais pas survivre encore longtemps. Pourtant, quelque chose au fond de moi me criait de ne pas abandonner, je ne pouvais pas accepter que cela finisse ainsi. Le lendemain, je tombai sur le sol, Ă  bout de force. Je vis alors une lumiĂšre foncer sur moi. Ce n’était pas un mirage mais bien un van, qui s’arrĂȘta devant moi. Deux personnes en sortirent et m’attrapĂšrent. Je perdis connaissance.

Quand je repris conscience, de nombreuses images dĂ©filaient devant mes yeux. AprĂšs quelques secondes, je compris qu’elles reprĂ©sentaient des couples hĂ©tĂ©rosexuels parfaits. Mais Ă©trangement, mon sentiment de dĂ©gout Ă  leur Ă©gard se transformait petit Ă  petit en ce que j’avais ressenti dans mon rĂȘve. Et c’est Ă  ce moment que je rĂ©alisai l’abominable vĂ©ritĂ©. C’était le jour de mon anniversaire, j’étais en train de subir l’opĂ©ration, mais elle n’est pas seulement physique, elle est aussi mentale. Cela signifiait que je n’étais pas une exception, mais la rĂšgle gĂ©nĂ©rale. Toutes les personnes mineures ressentent la mĂȘme chose que moi, c’est la pensĂ©e qu’ils sont les seuls et la peur de leur diffĂ©rence qui les empĂȘchent de se rĂ©unir et de se rĂ©volter. De plus, l’éducation, l’apparence douteuse des sites et les commentaires haineux dĂšs que quelqu’un ose se dĂ©voiler doit venir du lavage de cerveau des adultes. C’est horrible, je ne veux pas devenir comme eux. Je ne veux pas disparaitre. Je dois rĂ©sister
Mais c’est impossible n’est-ce pas ? Mes paupiĂšres sont lourdes
 J’ai tellement sommeil.

Au revoir mes amis.

Adieu Camilia.

A jamais ma conscience et le monde.