“J’ai été grailler avec mon daron, ma daronne et toute ma mif au resto.”

Leçon 3

Daron/daronne : le daron, c’est le père et, du coup, logiquement la daronne, c’est la mère. Daron est un terme bien plus ancien qu’il n’y paraît : c’était déjà un mot d’argot au 18e siècle et on soupçonne qu’il existait bien avant. Il semblerait qu’il fût une espèce de mot-valise, soit le croisement de deux mots : dam (le seigneur) et baron.

Grailler : cela signifie “faire bonne chaire” ou “se régaler” en langage moins soutenu, “manger un bon repas” en langage clair. Le verbe est apparu dans les années 1940 et vient de “graillon” qui signifie nourriture. Grailler désigne aussi le cri de la corneille mais attention, dans ce cas, c’est un verbe intransitif. Inutile de tenter quelque chose du genre “je graille ma haine du monde”, ça ne veut rien dire.

Mif : c’est tout simplement la famille en verlan. On l’utilise également pour parler d’un ami proche que l’on considère comme faisant parti de la famille.

Voici quelques petits conseils pour une utilisation pertinente et digne :

En classe : si tu continues à défier mon autorité, je vais appeler ton daron ou ta daronne !

Lors de l’intercours : je vous rappelle que le ROI interdit de grailler dans les locaux.

À la rentrée : est-ce que tu ne serais pas de le même mif que Bernard, toi ?

Une explication de Gaspar Lambert et Guillaume Bekkers.

« Plongée au coeur d’un univers inconnu »

Une critique de Clara Veithen

Animal Tatoo, c’est quoi ?

Animal  tatoo est ma série de livres préférée. La saison 1 est composée de sept livres et la saison 2 en contient neuf.  Seize livres peut vous paraître énorme mais chaque livre est plutôt fin, rassurez-vous. Une autre spécificité de la série réside dans le nombre d’auteurs qu’elle compte : pas moins de huit écrivains se retrouvent derrière le nom d’Animal tatoo (pour la saison 1 tout du moins). Avec huit auteurs, la vision de l’histoire est sans cesse renouvelée car chaque tome possède une aura bien spécifique, propre à son auteur. Ainsi, parfois les auteurs délaissent certains détails qui seront plus approfondis dans le livre qui suit… et cela fait toute la différence. 

Le tome 1, Les quatre élus, né sous la plume de Brandon Mull, nous emporte dans un monde des plus spécifiques : le monde de l’Erdas. Là-bas, lorsque l’on fête son 11ème anniversaire, une cérémonie est organisée avec tous ceux et toutes celles fêtant leurs 11 ans dans le mois. Cette cérémonie, la cérémonie du nectar, est un passage important pour les habitants de l’Erdas car elle est synonyme d’entrée dans l’âge adulte.  Si rien ne se passe, le lendemain de la cérémonie du nectar, on reprend notre vie en étant considéré·e comme adulte par sa communauté mais si l’EVENEMENT que tout le monde attend, que tout le monde espère, celui qui est si rare et qui peut chambouler votre vie à jamais se produit, ce sera à vous de choisir : rejoindrez-vous les capes vertes, le groupe de ceux et celles qui protègent le monde entier, ceux et celles qui sont adulé·es, adoré·es,  ceux et celles qui ont sauvé le monde de la menace du dévoreur, ceux qui sont les héros et les héroïnes de l’Erdas ? Ou continuerez-vous simplement votre route avec votre nouveau compagnon ?  Oui, oui, votre nouveau compagnon ! Car si la cérémonie fonctionne, vous serez à jamais lié·e à votre animal totem. Tigre, ours, singe, élan, chat, chien, souris,… qui sera votre animal totem?  

Meilin, une noble venant du Zong ; Rollan, un orphelin originaire de l’Amaya ; Abéké, chasseuse hors paire et fille du chef d’un village du Nilo ainsi que Connor, berger paisible de l’Eura verront leur destins s’entremêler lors de leur cérémonie repective. Tous les quatre vont réveiller des légendes qu’on pensait perdues à tout jamais. Ensemble, ils devront affronter une menace venue tout droit des temps anciens, l’avenir de l’Erdas repose entre leur mains. 

 “Animal tatoo” : pourquoi j’aime autant ? 

Ce premier tome nous plonge directement au coeur d’un univers inconnu. Au fil des pages, grâce aux descriptions de Brandon Mull, ce décor nous devient de plus en plus familier. Progressivement aussi, on s’identifie aux personnages : certain·es sont matures, d’autres naïfs·ves, certain·es gentil·les et prévenant·es, d’autres froid·es et distant·es.

Foncièrement surtout, ces héros et héroïnes n’en restent pas moins des enfants pour qui tout change trop rapidement, qui sont jetés dans l’inconnu, dans une cage à lions, sans les repères qu’ils ont dû abandonner pour une vie qu’ils n’avaient pas vraiment demandée mais qu’ils avaient – tout de même – osé espérer.  Je trouve cela rafraichissant de rencontrer des personnages qui ne font pas semblant de comprendre ce qu’il leur arrive, qui avouent plusieurs fois qu’ils n’étaient pas prêt·es, qu’ils ne se sentent pas taillé·és pour ça. Je trouve cela humain que chacun·e ait une pointe de jalousie envers les autres à un moment donné car selon moi, les héros ou les héroïnes qui frôlent la perfection sont bien trop répandu·es.

Enfin, j’apprécie la relation entre les enfants et les adultes. Souvent, ces derniers sont, soit quasi absents de la vie des héros/héroïnes  ou, au contraire, bien trop impliqués dans celle-ci. Dans Animal Tatoo , les adultes sont présents mais laissent les héros et héroïnes autonomes.  Ils ont compris les forces et les faiblesses de chaque enfant, ses fêlures aussi et s’engagent à les épauler, même si leur rencontre est récente.  

“Mon père et mon oncle sont là-bas pour faire la guerre.” 

La guerre en Europe, au Lycée, on a l’habitude d’en parler.  
Mais toujours au passé.  
L’actualité nous oblige à la conjuguer de nouveau au présent.
Et ça nous bouleverse. 

Le ByBiSix est parti à la rencontre d’élèves du Lycée directement concerné·e·s par le conflit en Ukraine. Nous voulions écouter leur vécu actuel. 

Illia Yablunivskyi et Olessya Dessard sont tous les deux en 5è, dans des classes différentes. Illia est né en Ukraine et a vécu jusqu’à ses neuf ans à Kiev avant d’arriver en Belgique avec sa maman. Il retournait très fréquemment voir son papa et le reste de sa famille, resté en Ukraine.  Olessya est, elle, née en Belgique. Sa maman est ukrainienne, de Kiev aussi. Olessya allait une à deux fois par an en Ukraine, pendant les vacances.  

ByBiSix : Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis le début du conflit ? 

Illia : pour nous, la guerre a commencé en 2014 avec l’annexion de la Crimée ! Mais cette guerre alors ne touchait pas la centre de l’Ukraine, proche de l’Europe, c’était à la frontière orientale. Jusqu’à février de cette année, on pouvait encore circuler librement mais maintenant, ce n’est plus possible et donc ma famille est venue ici et ils vivent avec nous mais seulement les femmes et les enfants… Mon père et mon oncle sont là-bas pour faire la guerre… 

ByBiSix  : Comment vis-tu cette situation ? 

Illia : je ressens de la culpabilité parce que ma famille et mon père doivent traverser cela alors que nous, nous vivons ici. Comparé à l’Ukraine, ici, c’est le paradis…. Je me sens coupable de ne pas y être. Je suis aussi stressé pour eux : je ne sais quelle est la situation pour eux, ce qu’il en est de jour en jour. Par exemple, pour mon oncle, on ne peut pas savoir où il est : c’est confidentiel, les lignes téléphoniques sont sur écoute et donc on ne sait pas si il y a une attaque dans une ville ou dans une autre. 

ByBiSix: Aurais-tu pris les armes si tu avais été là-bas ? 

Illia : oui, je l’aurais fait si j’avais eu 18 ans et que j’étais resté là-bas… 

ByBiSix : Sans formation militaire ? 

Illia : ben oui ! Les hommes de 18 à 60 ans doivent rester là-bas, donc si j’avais été là-bas, je n’aurais pas quitté l’Ukraine et puis quand je vois l’héroïsme de ces gens, j’aurais voulu me joindre à eux… mais je suis en Belgique et j’ai 17 ans. 

ByBiSix : Et toi, Olessya, comment tu te sens depuis l’invasion ? 

Moi, quand je rentre chez moi, c’est le journal H24, ma mère, elle n’en peut plus : elle pleure tout le temps. Ma famille sur place est enfermée chez elle depuis 3 semaines (NDLR, l’ITW a été réalisée le 21 mars) et il y en a qui sont âgés… tous mes cousins, mes oncles et tantes, nos amis, les enfants des amis de ma maman sont en Ukraine et puis, il y a le meilleur ami de maman qui est là-bas et qui combat. Parfois, on n’a pas de nouvelles de lui pendant deux semaines, c’est super stressant. D’autres membres de la famille se sont réfugiés en Pologne ou en Allemagne. Du coup, pour ceux sur place, la valise est déjà prête pour partir car Poutine dit parfois qu’il arrête les combats pour laisser les gens partir et puis il tire quand même. En quelques secondes, on peut perdre quelqu’un. C’est difficile. 

ByBiSix :  Vous vous informez sur le sujet mais en soi, quand vous regardez la complexité du problème est-ce que vous pensez pouvoir le maitriser et en parler très librement ?  

Olessya :  je peux répondre que oui.  Ma mère en parle tout le temps, à table. Quand je rentre, il y a la presse, les contacts avec ma famille, ma mère m’explique, elle est bien informée, je crois. On en parle beaucoup, je regarde le journal tard le soir, je ne dors pas beaucoup pour le moment. Je crois que je suis bien informée. Maintenant, est-ce que je peux en parler librement ? Ça je ne sais pas si je peux l’expliquer correctement mais, au fond de moi, je sais ce qui se passe. 

Illia : je suis l’actualité, je ne suis pas un professionnel de la politique et je ne sais pas vraiment comment décrire ou proposer des solutions, on ne sait pas concrètement finalement pourquoi on est attaqué mais je me sens bien informé. J’ai aussi connaissance de ce que la propagande officielle de Poutine diffuse à la population russe. 

ByBiSix  : et vos amis ? Ils vous en parlent ? 

Les deux : oui, ils nous demandent des nouvelles de nos familles. Souvent. Les très bons amis. 

ByBiSix : Est-ce que le regard sur vous a changé depuis la généralisation du conflit ?

Illia : j’ai envie de croire que non. Mais je pense que c’est un peu le cas. Je ne sais pas ce que les autres élèves ressentent par rapport à cela… un peu de pitié… cela m’énerve mais … c’est inévitable. 

 ByBiSix: La guerre a-t-elle été évoquée dans les cours ?  Pensez-vous que le Lycée informe suffisamment et correctement sur ce qui se passe ? 

Illia : je trouve que l’école n’informe pas assez.  Elle devrait sensibiliser plus les élèves par rapport à cela car il y a plein de fausses informations qui circulent et il y en a plein qui ne savent pas vraiment ce qui se passe : ils savent qu’il y a une guerre et c’est tout ! On en a un peu parlé en Histoire et on a eu un cours en Géo sur le conflit depuis le début, depuis 2004. J’ai apprécié ce geste. C’était bien. Par contre, rien dans les autres cours. 

Olessya : Je pense aussi que les profs ont peur d’en parler et de donner de fausses infos. D’après moi, ils montrent des vidéos pour ne pas devoir s’exprimer directement.  

Une rencontre de Clara Veithen, Cyanne Irakoze et Stéphanie Villers 

Cette peur et ces doutes, le ByBiSix les a connus également avant de se lancer dans la rédaction de cet article. Nous avons rapidement décidé d’axer nos questions sur le ressenti des élèves interviewé·e·s et non sur leur opinion sur le conflit. La plupart de nos questions ont été rédigées avec le souci de pouvoir être posées à la fois à des élèves d’origine ukrainienne et à des élèves d’origine russe. Le hasard a fait que nous n’avons pas su interroger d’élèves russes. Nous restons évidemment disposé·e·s à recueillir leur vécu sur la situation actuelle. 

Notre édito de « naissance », le 2/2/2022

ByBiSix.

Trois syllabes pour un journal.
Trois syllabes pour deux implantations, Bruyères et Biéreau, et six années de formation.
Trois syllabes pour un nouveau regard sur le Lycée.

Ca y est ! On vous le présente, notre ByBi !
Cinq mois de préparation qui aboutissent aujourd’hui !
Cinq mois où nous avons vu une équipe se former, collaborer au-delà des différences d’âges, se découvrir des compétences, prendre confiance, …
Cinq mois aussi où nous avons dû faire face à quelques revers : une caméra qui filme sans son, une autre au ralenti, des montages presque finis qui disparaissent, un rapport au temps différent pour les uns et les autres, des interlocuteurs difficiles à joindre, …

Ah ça ! On en a surmonté des obstacles pour y parvenir. Et pourtant, il est là ! Sous vos yeux ! Et nous pouvons en être fiers ! Et tout ça grâce à notre formidable équipe de journalistes ! Charlotte, Cédric, Aliénor, Guillaume,  Amalia, Gaspar, Clémentine, Cyanne, Gabriel, Aurore, Clara, Emmanuella, Sean, Lola et Enguerrand. 15 élèves de la 1ère à la 5e qui sont venus le mercredi après-midi, et même parfois durant les semaines de délibérations. Ils ont interrogé, enquêté, rédigé, réalisé des vidéos. Tout ça pour créer un média original ! Bravo à elles et à eux !

Notre équipe fondatrice (pas au complet)

L’édito de mars

Le ByBiSix a presque deux mois !  

Il a gagné ses premiers lecteurs dans une actualité particulière, entre pandémie et guerre. Certains pourraient s’étonner de l’absence d’articles traitant directement de ces sujets. Et c’est pourquoi, il nous semblait important de décrire l’angle de notre journal.  

Le BybiSix est volontairement un journal orienté sur la vie du Lycée, les sujets sont choisis en comité de rédaction par les journalistes eux-mêmes, selon leurs questionnements, leurs envies, leurs observations… Ainsi, si la volonté est exprimée de traiter un sujet d’actualité, il le sera toujours par le prisme de son vécu dans notre école.  

Derrière cela, il y aussi la volonté de proposer des articles originaux, qui ne seraient en aucun cas, des ersatz de médias professionnels.  

 Le ByBiSix a presque deux mois, donc !  

Il grandit, évolue et s’affirme chaque jour un peu plus dans sa démarche et dans ses objectifs !  

Bonne lecture ! 

Stéphanie et Stéphanie

Quelles solutions contre les tags ?

“Si on laissait aux élèves la liberté de customiser eux-mêmes les toilettes ?”  Cette question, Arthur Collet, délégué de niveau des 4èmes, a eu l’occasion de la soumettre devant le conseil de participation, le 7 mars dernier. Arthur réagissait à la demande formulée par le directeur, M. Dejemeppe, de trouver des solutions pour lutter de manière efficace contre les tags au Lycée. Selon Arthur, son idée pourrait permettre d’éviter les tags car « on n’irait pas saccager le travail par-dessus si on sent que cela nous appartient. Il y aurait plus un rapport d’inclusion.” 

Mais de quels tags parle-t-on au juste ? Les graffiti qui posent problème à la direction sont sur le site du Biéreau, où on les retrouve en nombre.  Il s’agit essentiellement de signatures (pas des noms plutôt des pseudos comme Zwave ou Pose). Ils sont dans les toilettes des garçons, dans la salle de sport, dans le réfectoire et sur les murs à l’extérieur. (Notre équipe du ByBiSix en a repéré deux dans la ville également). 

Ces tags, un homme, au Lycée, les traque activement depuis deux ans, Marc Vaerman, le responsable technique des bâtiments.  Il les repère et les classe dans un dossier photos. Son objectif ? : “Prendre le·la tagueur·se sur le fait. C’est la deuxième année qu’on retrouve ces tags. Ils apparaissent souvent en fin de journée ou pendant les heures de midi, quand il y a beaucoup de monde. Ce modus operandi nous laisse à penser qu’il s’agit d’un·e élève et non d’une personne extérieure. »  Il y a quelques jours, l’ensemble des professeur·e·s a été invité à ouvrir l’œil. 

Photo du ByBiSix

Pourquoi un tel investissement ?  “Les tags, ça coute de l’argent !” nous explique Marc Vaerman. “Pour les tags à l’extérieur, par exemple, on faisait appel à une société. Le contrat annuel était de 15 000 à 25 000 euros/an. Une dépense excessive. On n’a pas renouvelé… Mais si on ne nettoie pas tout de suite, c’est l’escalade : les auteurs·trices se répondent.” Et Marc Vaerman de faire remarquer que “l’argent dépensé pour nettoyer pourrait être utilisé pour le collectif, pour refaire de belles classes par exemple !” 

La dégradation des bâtiments et l’impact qu’elle a sur le travail du personnel d’entretien, c’est ce qui motive Damien Dejemeppe à « mettre la main » sur l’auteur·trice des inscriptions.

“je ne sanctionne pas si les tagueurs·ses viennent me voir d’eux-mêmes.

Contacté par nos soins, le directeur renouvelle ainsi l’offre formulée lors du conseil de participation : “je ne sanctionne pas si les tagueurs·ses viennent me voir d’eux·elles-mêmes. Ils ne risquent rien même celui·celle qui a fait des tags partout… mais l’idée est que l’on cherche ensemble une manière pour que les élèves puissent s’exprimer sans abimer les locaux et bâtiments.” 

Un article de Cyanne Irakoze et de Gaspar Lambert (avec l’aide de Stéphanie Villers)

Le conseil de participation est un organe consultatif qui réunit la direction, des représentant·e·s des professeur·e·s, les délégué·e·s de niveau  et des représentant·e·s des parents.

Pour toi, la Saint-Valentin, c’est… ?

Ce lundi 14 Février, l’école, en effervescence, fêtait la St-Valentin. Les roses et les petits mots fusaient et chacun vivait la célébration de l’amour à sa manière.

Voici quelques ressentis récoltés dans les couloirs…

Micro-couloirs recueilli par Cyanne Irakoze, Emmanuella Ngoie Mukaju et Apolline Thiry.

Montage audio d’Emmanuella Ngoie Mukaju et Apolline Thiry.

The Grand Budapest Hotel

Si vous suivez les actualités du lycée, vous êtes sûrement au courant de l’existence d’un ciné-club qui, vendredi passé, a projeté le film que nous analysons aujourd’hui : The Grand Budapest Hotel. Ce film de Wes Anderson fut agréablement accueilli par les critiques à sa sortie en 2014, il reçut même 4 oscars pour sa BO, ses décors, ses coiffures et maquillages et ses costumes.

L’histoire relate les aventures de M. Gustave, concierge du Grand Budapest Hotel, et de son groom Zero Mustapha, dans le monde haut en couleurs de l’entre-deux-guerres. Après avoir hérité d’un tableau d’une grande valeur d’une des clientes, Gustave devra déjouer les plans machiavéliques de la famille de la défunte qui est prête à tout pour récupérer la toile inestimable. Le film nous plonge, dès le début, dans sa propre ambiance rappelant un peu celle des  » Désastreuses Aventures Des Orphelins Baudelaires ». Le personnage de M.Gustave à la fois faux et attachant est parfaitement interprété par Ralph Fiennes. les personnages secondaires tous uniques en leur genre nous entraînent encore plus dans l’univers unique du réalisateur Wes Anderson. L’histoire en elle-même est palpitante et ponctuée d’une touche d’humour absurde assez subtile qui fait sourire à chaque scène. Les plans sont magnifiques et nous dévoilent une Europe d’entre-deux-guerres vraiment surprenante. Malgré ses apparences de film d’aventures humoristiques, le film cache une puissance émotionnelle très plaisante. Bref, je recommande.

Critique d’Enguerrand de Salle

Les Cupidons du Lycée

Ce lundi 14 février, l’air dans les couloirs de l’école était rempli d’amour et les élèves s’en donnaient à cœur joie de crier “Joyeuse Saint Valentin !” à leurs ami·e·s. Vous avez d’ailleurs sûrement été interrompu·e·s pendant l’un de vos cours par des élèves de 6èmes qui jouaient le rôle de messagers de l’amour. Et oui, cette année la boîte aux lettres a fait un carton plein sur le site du Biéreau. Mais pourquoi cette boîte aux lettres ? D’où vient l’idée ? Qui s’en occupe ?

Une enquête de Cyanne Irakoze.

L’idée de cette boîte aux lettres est reprise de l’an dernier : des rhétoricien·ne·s de l’activité littéraire avaient alors pris l’initiative de créer une boîte dans laquelle les élèves glisseraient une lettre d’amour ou d’amitié, laquelle serait distribuée par leurs soins à l’heureux/l’heureuse destinataire le jour de la Saint Valentin. Et bien cette année, Maurine Muizers et Adrienne Grosjean, élèves en 6ème de l’activité littéraire, ont décidé de poursuivre l’idée avec l’aide de leurs acolytes de l’option.

La boîte a eu un grand succès : plus de 500 lettres ont été récoltées ! Avec autant de lettres, l’organisation a été très compliquée car il a fallu, tout d’abord, les trier par classe… sans les lire évidemment : les organisatrices ont non seulement respecté la vie privée mais elles ont également fait confiance à la bienveillance des élèves pour n’adresser que des mots gentils. Ensuite, grâce à l’aide des éducateurs·trices, il a fallu obtenir les horaires des classes pour trouver le moment opportun à la distribution de ces petits mots doux. Et enfin, est venu le passage tant attendu dans les classes ce 14 février.

A153, Biéreau, lundi 14 février, 15h05…

Lors de cette distribution, Marine a eu beaucoup de succès : elle a reçu plusieurs lettres et roses. Comment s’est-elle sentie en recevant ces cadeaux ? “Ça m’a fait plaisir car c’est toujours super touchant ce genre d’attention. Après, je me sens toujours un peu gênée parce que je ne sais pas trop comment réagir…” Réagir face à ses expéditeurs mais aussi face aux élèves de la classe qui ne reçoivent rien… Les organisatrices ont conscience du sentiment de tristesse que cela peut produire et elles estiment que pour les années à venir il serait judicieux d’envisager une formule qui puisse toucher l’ensemble des élèves. Alors, à quoi ressemblera la Saint-Valentin 2023 ? Et d’ici-là, qu’aura répondu la personne qui a reçu cette charmante injonction ?

“Frère ! j’ai trop le seum, je me suis fait·e pécho !” 

Leçon 2

Frère :  à l’origine terme qui désigne un véritable ami. Toutefois, ce mot a un peu perdu de sa force : les jeunes l’utilisent aujourd’hui pour désigner un simple pote.   Le mot reste quand même plus puissant que « gars », ne vous méprenez pas.

Avoir le seum : le seum est un mot dérivé de l’arabe “sèmm”, qui signifie “venin”, « poison ». “Avoir le seum” signifie donc généralement avoir la rage, être en colère. Jadis, on se disait “vénère” ou “dèg”. C’est sûrement ce seum-là que l’élève à l’origine de cette remarque sur un casier veut nous communiquer. 

LMV, Biéreau, Casiers, 1er étage, auteur inconnu.

Sachez que le seum peut aussi exprimer la malchance ou la tristesse, un peu comme quand le train vers LLN de 8h21 est annulé et que vous commencez la journée par une grosse interrogation.

Une rapide recherche sur le Net nous a aussi permis d’apprendre que la popularité de ce terme était liée aux défaites des Diables rouges face à l’équipe de France lors des demi-finales de 2018, puis de 2021. Les médias français auraient alors qualifié la réaction des Belges de « seum ». Nous n’épiloguerons pas là-dessus.

Pecho : il s’agit du verlan de choper. Le terme signifie le plus couramment “séduire”, dans le sens “emballer” la personne en vue de sortir avec. Voici encore une inscription de casier qui l’illustre :

Casier LMV, Biéreau, 1er étage

Plus rare, l’expression « se faire pécho » désigne, quant à elle, le fait d’être pris en flagrant délit… de consultation de son GSM, par exemple. 

Voici quelques petits conseils pour une utilisation pertinente et digne :

-En salle des profs : Thierry, frère, tu me sauves la vie… j’avais oublié mes feuilles pour la 2J. 

-En classe : Oui, j’ai corrigé vos interros et j’ai trop le seum !

-Confidence de couloir : Je me suis fait pécho ce matin par le directeur quand je suis arrivé·e en retard.  

Une explication de Gaspar Lambert

La règle vestimentaire avant ?

#lundi14septembre : c’est par cet hashtag qu’en 2020, la question du code vestimentaire dans les écoles est posée. Ce jour-là, des élèves français et belges, filles ou garçons, montrent leur volonté de vouloir changer les mentalités en bousculant les normes. Depuis, le sujet est devenu un point de tension dans bon nombre d’établissements, y compris au Lycée. Mais cette question est-elle pour autant nouvelle ? Que disent les vieux règlements du Lycée à ce sujet et qu’en ont comme souvenirs les anciens élèves ? Pour répondre à ces questions, nous avons interrogé un éducateur et d’anciens élèves qui sont pour la plupart devenus professeurs au Lycée.

Une enquête de Cyanne Irakoze et d’Aurore De Angelis.

Plongeons directement dans une ancienne version du journal de classe, avec cet extrait qui date de 2003.

Nous constatons d‘emblée (enfin pour ceux et celles qui la connaissent !) que notre règle a peu évolué depuis le début des années 2000 (hormis la mise en page !). Deniz Uygur, professeure de Français au Lycée et ancienne élève, est venue à notre rendez-vous munie de son journal de classe.Nous remarquons ainsi que la règle dans les années 1990 est assez proche de celle de 2003, si ça n’est le point sur les bermudas, lesquels étaient uniquement tolérés par temps chaud ! Selon Mme Uygur, cela montre que la règle essayait de « suivre le style de l’époque ». Yves Netens, éducateur au Lycée depuis 32 ans, relève, lui aussi, ce lien entre la règle vestimentaire et la mode : “ Nous avons toujours été partagés entre l’envie de suivre les évolutions de la mode et puis une réflexion sur le sens de courir justement après les tendances. Ainsi, on a oscillé entre une formulation extrêmement floue qui permettait d’intervenir en cas d’abus et une tendance à vouloir lister ce qui était autorisé et interdit, tendance qui dépendait de la mode. Je pense qu’on a toujours un peu été entre les deux et qu’on le reste encore aujourd’hui.”

Yves nous apprend aussi, qu’outre le style, la règle pouvait aussi être simplement déterminée par une seule personne : “ Au Lycée, pendant très longtemps, on ne pouvait pas porter des vêtements militaires… et tout ça, parce qu’il y avait un éducateur qui était particulièrement sensible à cette question et qui trouvait que c’était un signal de violence. Et donc, lui militait assez activement pour que cela se trouve dans notre règlement et cela s’y trouvait ! Je n’ai jamais vu cette règle dans d’autres écoles… Et chez nous, l’interdiction de la tenue militaire, bien qu’abrogée depuis quelques années maintenant, est restée dans l’imaginaire collectif.” En effet, si vous avez écouté notre micro-cour/couloirs, vous avez remarqué que cet interdit est encore cité !

Passons à présent à l’application de la règle : le Lycée traquait-il davantage, dans le passé, les élèves qui contrevenaient à ses principes vestimentaires ?

Selon Aurélie Gérard, professeure d’Espagnol et ancienne élève, la règle était, bien plus stricte dans les années 90 qu’aujourd’hui : “L’école n’aurait pas toléré le quart des tenues que l’on tolère maintenant.” Pour donner un exemple, un jour elle est allée à l’école avec un jupe très longue mais fendue sur le côté et bien qu’elle portait un short en dessous, on lui a interdit de la remettre à l’école car la jupe suggérait qu’elle ne portait rien en dessous. A une autre reprise, alors qu’elle portait un t-shirt transparent, l’éducatrice lui a donné un t-shirt de l’école pour remplacer le sien.  Dans une situation similaire, Ofélie Noël, élève au Lycée de 2009 à 2015, nous dit avoir reçu une remarque verbale sur son short court alors qu’elle portait des bas opaques. Elle a proposé de rentrer chez elle pour se changer lors du temps de midi. C’est ce qu’elle a fait. Elle n’a pas eu de remarque dans son journal de classe. On constate, en effet, que l’application de la règle est assez différente. Dans le cas de Mme Gérard, c’est l’éducateur ou l’éducatrice qui a imposé la sanction alors que dans le cas d’Ofélie, c’est l’élève qui a proposé de son plein gré de rentrer se changer. Mais l’histoire ne dit pas ce qui serait arrivé à Ofélie si elle n’avait pas habité pas Louvain-la-Neuve… Selon Maxime Denis, professeur de Géographie et ancien élève dans les années 2000, les éducateurs étaient “cool et ouverts et non des monstres tyranniques”. Il ne peut pas voir de différences entre l’application d’aujourd’hui et celle d’avant car en tant qu’élève, il n’y était pas confronté : il ne portait pas les habits qui faisaient débat.

Dernier point à relever : la contestation de la règle. Cette dernière était-elle déjà un point de tension dans les années 90 ? Pour Mme Gérard, “Chacun comprenait la nécessité de la règle et ne ressentait pas le besoin de faire une rébellion.” Mme Uygur va dans ce sens : “Il y avait une sorte de consensus dans l’école, sur le fait que les filles s’habillaient comme des filles et les garçons comme des garçons. Il n’y avait pas autant de polémique qu’aujourd’hui car on était dans une société plus sexiste.” Estime-t-elle pour autant que la règle était genrée ? : “ Non, pas dans le texte mais en tant que fille, les éducateurs allaient toujours rappeler à l’ordre et si le short était trop court, il fallait rentrer chez soi. Mais ce n’était pas écrit dans la règle que le short court – ou trop court – était interdit.” Au contraire, Mme Gérard nous répond que c’était pour tout le monde la même chose à part pour un professeur “ vieux jeu” qui interdisait les garçons à venir à son cours en short. Pour Xavier Vroman, professeur de Mathématiques et Sciences et ancien élève dans les années 2000, “il y avait moins de possibilités de discussion et c’est quelque chose que M.Dejemeppe et Mme Bollen ont beaucoup plus permis. Mais il y avait déjà des tensions car les éducateurs renvoyaient des élèves qui portaient une tenue qui ne correspondait pas au ROI, les élèves manquaient donc des heures de cours pour une tenue vestimentaire.”

Bref, le règlement n’est alors pas contesté car il correspond à la mentalité de l’époque. Peu de personnes se rendent compte qu’il y peut y avoir du sexisme et de l’exclusion. Avec le recul, Yves précise : “Ce qui me frappe évidemment, c’est que pendant très longtemps, on ne s’est pas posé la question de la règle genrée (on faisait une présentation sur un mode un peu décalé sur la déconcentration causée par les vêtements des filles par exemple… et ça passait… on peut même dire que cela faisait rire). Et donc, oui, globalement, le règlement s’adressait davantage aux filles qu’aux garçons et surtout effectivement, ce message adressé aux filles de cacher ce qui pourrait provoquer des réactions n’est pas conforme à la mission d’éducation des adolescents. S’il y a bien un endroit avec un cadre qui doit apprendre aux garçons à ne pas se laisser aller aux « bas instincts », c’est l’école. Je trouve précieux que l’école permette l’éducation des garçons au respect des filles plutôt que de dire aux filles « si vous ne voulez pas d’ennui, évitez de porter certaines choses. L’école doit être perméable à l’évolution de la société.”