Au Lycée, comme dans toutes les écoles, on évolue en groupe et on a souvent envie de s’y fondre (voir les dessins dans cet article). Mais ça n’est pas toujours simple de conjuguer appartenance sociale avec nos particularités. Alors, à travers un questionnaire anonyme sur ITSL, on a donné la parole à ceux et celles qui se sont déjà senti·e·s différent·e·s à l’école. Nonante élèves y ont répondu. Voici une sélection des témoignages qui nous ont marqué·e·s. On a choisi de les classer en deux catégories : ce que l’on a et ce que l’on est.
Des différences sur base de ce que l’on a.
“C’est clair qu’on n’a pas tous le même budget pour acheter des vêtements… alors, je me sens diffèrent quand une personne arrive avec des vêtements à 1000 balles. Je me dis que le regard des autres, c’est pas important !”
“Pendant toute une partie de ma 4ème, je me suis sentie fort jugée sur ma façon de m’habiller. Beaucoup de filles prennent fort soin d’elles et c’était difficile de me sentir acceptée parce que je suis quelqu’un qui ne prête pas beaucoup attention à ses habits. Je pense que le jugement que j’ai ressenti vient principalement de moi, malheureusement. J’ai du mal prendre certains regards qui ne m’étaient sûrement pas vraiment destinés. Bref, il faut arrêter de se comparer aux autres, chacun est différent et c’est ça qui rend les humains si intéressants :-). Personnellement, j’ai fait taire cette petite voix dans ma tête qui me répétait que je ne valais pas la peine. Chacun et chacune mérite de trouver son cercle d’amis proches qui lui corresponde, sans avoir peur d’un jugement constant.”
“Je me suis sentie mise à l’écart car toutes mes amies ont un Iphone tandis que mon téléphone est de la marque Samsung. Pour remédier à cela, j’ai essayé de trouver un moyen de gagner de l’argent : j’ai vendu de la limonade tous les étés et les printemps… J’ai un Iphone aujourd’hui.”
“Je suis toujours celle qui est mise à l’écart pour je ne sais quelle raison. (…) Toutes mes copines sont riches et moi, je suis normale quoi mais je peux pas m’acheter du Ralph Lauren. J’ai fait du baby-sitting pour gagner de l’argent (…) mais en fin de compte, (…) la mode des friperies est revenue. Du coup, le Ralph Lauren nest plus une importance… En tout cas, acceptez-vous comme vous êtes et ne laissez personne choisir votre personnalité. »
“Je me sens différente sur mon style vestimentaire, mon corps, ma taille, mon poids, mon style de sac, sur le fait que je ne mets pas de maquillage, que je n’ai pas les mêmes centres d’intérêt, que je ne trouve pas drôle certains comportements, je suis peut-être beaucoup plus mature que certains,.. j’étais dans une autre école avant et je trouvais que là-bas, il y avait beaucoup plus de respect envers les uns les autre et surtout envers les profs qui ne sont pas respectés dans cette école, je trouve.”
“Je ne m’habille pas à la mode : quand j’étais plus petite, je recevais des remarques négatives sur la manière dont je m’habillais et cela m’a beaucoup affectée. En raison de cela, il y a deux ans, j’ai décidé de ne plus faire aucun effort pour m’habiller le matin, ça peut paraitre un peu bête mais j’avais besoin de me prouver que mes amis étaient là pour la personne que je suis et non pas pour les vêtements que je porte. Maintenant, je m’habille avec ce que j’aime et j’ai compris que cela ne servait à rien d’essayer d’imiter les autres.”
“J’ai souvent l’impression d’être jugée sur mon style vestimentaire, de mettre du trop large ou pas assez large, ou encore de me sentir forcée de mettre des vêtements qui me donneront l’idée de me sentir plus acceptée au sein des autres du lycée. J’ai changé de style vestimentaire, je me suis forcée à changer de personnalité, à montrer la personne que les autres voulaient voir mais je n’ai pas montré la personne que je suis vraiment.”
“La façon dont je m’habille (robes…), la musique que j’écoute(kpop), les amis avec qui je traine parfois (mecs, filles populaires…), mes points à l’école (plutôt bons). Après, je n’ai rien changé, j’en parle juste un peu moins, par exemple, je ne dis plus quelles musiques j’écoute, ou alors je mens, je ne dis plus mes points, je ne dis plus avec qui je traine, et pour le style vestimentaire, j’ai un peu gardé mon style mais il est énormément influencé par les tendances.”
Des différences sur base de ce que l’on est.
« J’apprécie porter des vêtements comme des cravates et des chemises et je suis une fille. J’aime la physique quantique et m’y intéresse. Mais au Lycée, j’ai arrêté de porter de cravates tout en continuant à porter des chemises et je ne parle pas énormément de physique car je n’ai pas d’interlocuteur qui s’y intéresse. »
« Je me suis déjà sentie différente par rapport à mes origines. Étant à moitié belge et à moitié coréenne, je me suis déjà sentie un peu à part. Je suis aussi partie en Corée en vacances mais la sensation reste la même. C’est un peu comme si je n’appartenais à aucun pays malgré le fait que je sois née en Belgique. Heureusement, j’ai beaucoup d’amies avec différentes origines et je me sens vraiment intégrée dans mon groupe. »
« Avant, je pensais que ressembler aux autres m’aiderait à m’intégrer, alors qu’il faut juste trouver de bons amis. Maintenant, j’ai trouvé mon propre style et j’ai des amies incroyables. Je pense que le plus important pour se sentir accepté est les amis et l’image qu’on a de soi. »
« J’ai un TSA (trouble du spectre autistique). Plus précisément un TCSP, ou trouble de la communication pragmatique. Ça ne me dérange pas, mais je n’aime pas les gens qui disent aux autres : espèce d’autiste ! Parce qu’ils le prennent comme si les autistes étaient tous bêtes alors qu’il y a des génies qui sont autistes. J’ai suivi un cours d’habilité sociale… Mais j’y tiens, à cette différence. »
« Je suis marocain et beaucoup de gens pensent que je vole, que je fais des explosifs mais c’est faux ! Du coup, je suis plus discret…. «
« On se moque souvent de moi pour ma religion, je subis beaucoup de christianophobie mais je ne changerai pas pour les autres. »
« Je n’ai pas les mêmes réactions, les mêmes rêves et les mêmes pensées. Je suis Belge mais mes parents sont de deux pays différents donc je parle deux langues différentes chez moi. Je me suis toujours sentie différente, ce qui ne me gêne pas, et même j’en suis fière. Imaginez si tout le monde n’avait pas de différences, on serait comme des robots ! «
« Je n’ai pas vraiment changé car j’aime comme je suis à part peut-être mes jeans pour ressembler aux autres et un peu me sentir comme tout le monde. Mais moi personnellement, je n’ai pas envie de changer. Des fois j’ai l’impression que mon caractère est trop différent de mes amies. Parfois, elles me font me sentir exclue parce que je fais ci, je fais ça et ça leur semble bizarre. J’ai essayé de me contrôler mais alors, des fois, j’ai l’impression de ne pas pouvoir être moi-même à 100% et c’est un peu frustrant de pas pouvoir faire ce que tu veux avec tes amies ou de te sentir à l’aise. «
« Dans ma classe, je sens qu’étant une femme qui ose l’ouvrir, je me fais rejeter car beaucoup n’acceptent pas que des femmes peuvent avoir un avis plus constructif qu’eux. Ils me trouvent chiante ou que sais-je! À force, je ressens un petit peu la peur de parler mais ça va, je ne me ferai pas dominée par des hommes. Je n’ai rien changé. »
« Au point de vue de la maturité, je ressens parfois un fossé avec beaucoup de personnes de mon âge. J’aimerais pouvoir m’assumer telle que je suis mais, dès que je sors un peu du moule, je me sens différente et mal vue parce que j’ai l’impression que, dans cette école, tout le monde doit être identique, s’habiller de la même façon, penser la même chose, dire les mêmes blagues et rigoler aux mêmes choses qui ne sont pas toujours drôles… alors, je mets un masque pour que les gens ne me voient pas différemment. Je fais genre que telle ou telle chose m’intéresse, je reste avec des personnes que je n’aime pas tant que ça pour ne pas me retrouver seule, je n’ose pas porter ou poster des choses par peur d’être mal vue, etc. Mais dans le fond je sais qui je suis et je suis consciente que ce que je change n’est que façade pour les autres. Hors de l’école et dans d’autres contextes, j’arrive beaucoup plus à m’assumer. »
« Je me suis sentie jugée par rapport à mon choix d’options. Je n’ai rien changé car je trouve ça dommage de changer pour être plus dans la norme. «
« J’ai l’impression qu’il y a une tendance à juger les gens et à se moquer de ce qui ne rentre pas dans le moule. Et j’ai l’impression qu’on a tellement normalisé le fait de se moquer et de juger. Il m’arrive donc souvent de me sentir différente en étant pas en accord avec les principes et les valeurs des autres. Et ça peut vite me mettre mal à l’aise mais je n’en parle pas car je n’ai pas envie de moi aussi me faire jugée. »
« Au niveau du téléphone, j’ai supprimé tous mes réseaux sociaux (comme Tiktok depuis 2 ans) car j’étais trop addict à cela… sauf que maintenant, je me sens vraiment différente par rapport aux autres : j’ai aucune réf donc je me sens différente de notre génération mais vaut mieux être unique, j’ai quand même acheté un Eastpak pour ne plus me faire vanner 🙁 «
« Je suis sur PC en classe et pendant ma première année, j’avais l’impression d’être étrange pour les autres élèves. Je n’ai rien fait est c’est passé tout seul car ils se sont habitués. »
Une enquête réalisée par Lucie, Amel et Léonore.

































