Les vêtements font-ils l’identité d’une personne ?

Pour éclairer le lien si personnel qui nous unit à nos vêtements, rencontre avec deux spécialistes : M. Cerchiari, psychologue, thérapeute famillial pour enfants et adolescents et Mme Roberti, psychologue, psychosociologue et psychothérapeute famillial pour enfant et adolescent.

Une interwiew de Clara Veithen.

ByBiSix : Comment comprenez-vous le fait que les adolescents s'habillent d’une certaine manière, mais que les adultes ne respectent pas cela ?

M. Cerchiari : Pour les adolescents -et cela va parfois plus loin que la majorité- se vêtir a un lien avec la recherche d’identité. C’est une manière de se présenter au monde. On a besoin, que ce soit lors de l’adolescence ou même lorsque l’on est adulte, de monter son appartenance, le fait d’appartenir à un groupe. On peut remarquer que, souvent, un groupe d’amis s’habillent de la même manière. Les jeunes cherchent une manière de s’habiller, pas forcément pour plaire ou séduire, mais dans une démarche qui montre que l’on appartient à un groupe par un style. Cela fait partie de l’évolution des jeunes. Il faut l’accepter, car c’est une manière de se construire, de se montrer au monde !

ByBiSix : Souvent, les plus âgés nous expliquent qu’avant l’uniforme permettait de gommer les différences sociales entre les jeunes…

M. Cerchiari : Il y a beaucoup moins de règles maintenant, car elles passaient par notamment l’uniforme. L’uniforme avait pour but de « créer » une forme d’égalité, mais cela ne fonctionnait pas, car la différence de classe sociale va passer par le style du pantalon, la marque des vêtements, des chaussures… Dans des détails qui permettent aux gens en se regardant de savoir à quelle classe sociale les uns et les autres appartiennent. Plus on essaye d’imposer une contrainte plus on pousse les adolescents à être créatifs dans la façon de se différencier !

ByBiSix : Donc plus on imposera une réglementation stricte, plus les élèves de l'établissement seront à l'affût des détails pour se différencier...

M. Cerchiari : Oui. Il vaut mieux chercher à dialoguer, discuter des inégalités, parler des différences pour mieux les gommer. Nier n’est pas le chemin à suivre, le mieux c’est d’affronter ce qui pose problème. Essayer de comprendre pourquoi un jeune s’habille de telle ou telle manière. Qu’est-ce qu’il veut nous dire par là ? Quel est le sens de cette manière de se montrer au monde ? Comment puis-je le comprendre et comment les autres peuvent le comprendre en fonction des normes de la société. Par exemple, un jeune qui vient en bermuda à l’école en plein hiver… Soit, je lui dis que sa tenue n’est pas adéquate en fonction du temps qu’il fait dehors et du cadre scolaire, soit je peux lui demander pourquoi il porte un bermuda, est-ce parce qu’il a chaud ou qu’il ne possède pas de pantalon ou qu’il a juste envie d’être différent des autres… En privilégiant le second questionnement, on construit un dialogue à partir duquel l’ado peut s’exprimer…

Mme Roberti : Parfois, les adultes se positionnent comme si les jeunes ne savaient pas ce qui est décent ou ce qui ne l’est pas. Si on leur demandait ce qui est décent ou ce qu’il ne l’est pas, on serait surpris. Parler de cela avec les jeunes, c’est se rendre compte de ce qu’ils acceptent ou pas et pourquoi…

ByBiSix : Comme monsieur Cerchiari, vous proposez de créer un lieu de discussion pour comprendre les jeunes et ce qu’ils veulent avant d’imposer une règle...

Mme Roberti : Oui, une charte pour bien vivre à l’école par exemple ! Cela évite d’être dans la position binaire de ceux qui savent en opposition à ceux qui ne savent pas ! Quand les jeunes sont invités à réfléchir à comment ils aimeraient vivre ensemble, s’ils s’y engagent, alors ils sont plus impliqués. Cela fonctionne. Cela rejoint la théorie de l’engagement !

ByBiSix : Comment traiter la question du genre dans un règlement vestimentaire ? 

M. Cerchiari : Nous pourrions nous demander pourquoi les vêtements devraient-ils être genrés ? D’ailleurs, on peut se demander quelles sont les réactions qui ont existé lorsque les filles ont commencé à porter des pantalons… il faudrait peut-être poser la question à nos grand-mères… Est-ce qu’elles se sont senties moins féminines parce qu’elles portaient des pantalons ? C’est aussi une question de culture puisque dans certaines cultures, les hommes portent des jupes ou des robes. Je ne vois pas de raison précise qui interdirait aux garçons de porter des jupes ou des robes… Cela n’a rien à voir avec la décence, mais plus avec la culture…

Mme Roberti : Cela rassure la société qui aime avoir des repères, qui aime classer tous et toutes. C’est un leurre, car une fille peut aimer des choses dites « de garçon » et inversement…D’ailleurs, pourquoi avoir étiqueté certaines choses comme faisant partie d’un genre ? Tout ce qui sort de la norme dérange la société, par conséquent, elle essaye de replacer dans la norme tout ce qui en sort. Encore une fois, la société a besoin de tout mettre dans un moule, dans quelque chose de connu ! Les gens ont besoin d’avoir des points de repère, d’être rassurés. Les choses ne changent qu’avec l’expérience et certaines expériences conditionnent l’être humain dans des cases – en l’occurrence – le genre.

ByBiSix : en quoi le fait de porter par exemple de fines bretelles est-il sexualisant ? En quoi cela devrait exciter les garçons ?

M. Cerchiari : Les humains aiment aller voir ce qui se cache ou ce qui est caché… Ce qui n’est pas caché n’est pas offert. Le fait de montrer une partie de sa peau pourrait être interprété comme une invitation par les garçons. C’est de l’ordre de la croyance. Voir les épaules des filles en rue ne transforme pas pour autant les garçons en prédateurs ! Il faut apprendre à tous, filles comme garçons, le respect de l’autre quel qu’il soit et qu’importe la manière dont il/elle s’habille. Le rôle de l’école est d’ouvrir à la diversité, d’ouvrir les esprits pas de standardiser les nouvelles générations. L’école n’est pas une bulle à part, séparée du reste du monde ! Les jeunes doivent être éduqués au respect de chacun. L’école doit être à l’image de la société, elle doit être un lieu où les échanges peuvent avoir lieu, sur des faits qui se sont produits à l’intérieur de l’établissement ou à l’extérieur afin d’apprendre ce qui est respectueux ou non… C’est l’apprentissage de la démocratie.

Tu la connais, toi, la règle ?

En octobre 2021, vous avez été plus de 400 à participer à notre sondage sur « Les vêtements, le ROI et moi ». D’après les résultats, un élève sur deux dit penser à la règle au moment de s’habiller… mais à quelle règle pensez-vous au juste ? Le ByBiSix est parti vous poser la question dans la cour et dans les couloirs.

Bref, une règle non seulement mal connue mais aussi floue, qui provoque des malentendus et des incompréhensions tant chez les profs que chez les élèves !

Interviews réalisées par Aurore De Angelis, Guillaume Bekkers, Charlotte Delmarcelle, Gaspar Lambert, Aliénor Octave et Sean Welsby. Montage de Charlotte Delmarcelle, Gaspar Lambert et Guillaume Bekkers, finalisé (le montage, pas Guillaume) par S. Morsomme.