“ Comme s’il y avait une partie de moi qui manquait…”

Le questionnement autour du genre et de la transidentité est plus visible dans nos sociétés depuis quelques années, mais que ressent exactement un·e jeune qui s’interroge sur ce sujet ? Le ByBiSix est allé interviewer un élève qui se définit comme transgenre. Parce qu’il s’agit d’une personne mineure évoquant son intimité, nous avons décidé de préserver l’anonymat de cet élève.

Une rencontre de Clémentine Scuvie.

ByBiSix : Comment définis-tu ton genre ?

Moi, ça fait un long moment que je suis en questionnement. Et j’ai eu beaucoup de peine car je sais que tou·te·s mes ami·e·s savent s’ils sont une fille ou un garçon… et moi, c’est comme s’il y avait une partie de moi qui manquait parce que j’ignorais quel était mon genre. Ça me faisait beaucoup de peine et maintenant, j’ai décidé d’arrêter de vouloir absolument un genre… je me suis dit pourquoi vouloir absolument un genre ? Mon genre ne change pas qui je suis, pourquoi je devrais en définir un ?

ByBiSix : quel pronom te correspond ?

Moi, tous les pronoms me vont mais ça fait un moment que je demande à mes ami·e·s d’utiliser “il” car quand je leur disais qu’ils pouvaient utiliser tous les pronoms, ils n’utilisaient que « elle ».

ByBiSix : Si tu es en questionnement, à qui en as-tu parlé ?

Je n’en ai pas vraiment parlé… juste avec d’autres ami·e·s qui sont eux·elles aussi en questionnement mais brièvement. Je pense que j’aurais dû en parler.

ByBiSix : Et comment ont-ils réagi ?

Normalement ! car ils·elles étaient eux aussi en questionnement. Je sais que t’as beaucoup de gens qui sont contre ça, et heureusement que j’habite en Belgique, pays plutôt tolérant sur cette question … J’aimerais que ce soit pareil ailleurs aussi, mais il y a encore beaucoup de pays où c’est passible de la peine de mort.

ByBiSix : comment imagines-tu la réaction de ta famille ?

Je pense qu’il leur faudra du temps pour s’adapter mais ça devrait aller car ils sont assez ouverts d’esprit.

ByBiSix : penses-tu qu’un jour la société acceptera les LGBTQIA+ (Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Transgenre, Queer, Intersexe, Asexuel·le et + pour les personnes qui ne se retrouvent pas dans ces définitions) ?

Moi je pense, que oui : peut-être un jour… pas tout de suite parce qu’il n’y aura jamais tout le monde qui sera d’accord. Moi, je pense qu’à partir du moment où chacun se mêle de ses affaires, ça ira. Par exemple, l’homophobie c’est comme dire tu ne peux pas manger ce cookie car je suis en régime ! Ça n’a pas de sens! JE mange un cookie, TU es au régime : ce n’est pas toi qui manges le cookie, c’est moi … ça ne te regarde pas !

ByBiSix : selon toi, est-il plus facile d’être en questionnement sur sa sexualité ou son genre ?

A mon avis, sa sexualité c’est plus facile parce qu’à la fin, on aime qui on aime et c’est comme ça mais le genre c’est vraiment un truc plus profond, c’est quelque chose que tu ressens. C’est juste une question de qui tu es, et ça, ça peut être plus dur quand tu as l’impression que tu n’es pas qui tu es censé être.

ByBiSix : envisages-tu de faire ton coming out ? Et si oui, comment ?

Non, je ne compte pas vraiment faire un grand coming out. Si on me demande, je réponds.

ByBiSix : trouves-tu ça normal de devoir le faire alors que les hétéros cisgenres ne le font pas ? Et qu’est-ce que ça représente pour toi ? (NDLR : cisgenre désigne une personne qui se sent en concordance avec le genre attribué à la naissance)

Pour l’instant, les LGBTQIA+ sont beaucoup moins nombreux : ce qui veut dire que t’es hors de la “norme” pour certaines personnes. Donc faire un coming out, ça montre que oui je suis comme ça, ça ne peut pas changer, c’est comme ça que je suis, oui, je suis différent” mais c’est comme ça.

ByBiSix : quelles sont les questions que tu aimerais qu’on te pose ?

J’aimerais qu’on me demande quels pronoms utiliser. Je n’ai aucun problème à répondre à des questions pour savoir comment je fais, moi, avec mon genre et ma sexualité… surtout si c’est pour en aider d’autres.

ByBiSix : et inversement ?

Je déteste les questions moqueuses ou “haha toi, t’aimes les filles”!

ByBiSix : as-tu un message à adresser à la société en tant que personne LGBTQIA+ ?

C’est vraiment un truc qu’il faut garder en tête quand on fait son questionnement que tu es qui tu es… Même si tu es une fille ou un garçon ou autres, ça ne change pas qui tu es, tu es toujours, toi ! Et qui tu aimes, ça n’a rien à voir ! si demain, t’aimes un garçon, tu aimeras un garçon, si demain, tu aimes une fille, t’aimeras une fille. Ce n’est pas un truc qui doit faire peur aux gens ! Pareil pour le genre : c’est comme ça !

A la suite de cette interview, le ByBiSix tient à remercier cet élève pour sa franchise et sa maturité.

3 commentaires sur « “ Comme s’il y avait une partie de moi qui manquait…” »

    1. Bonjour, à la demande du jeune interviewé, le ByBiSix a employé le « il » quand on parle de ce jeune. Il me semble que nous employons l’écriture inclusive pour le reste. Mais des oublis sont toujours possibles, en effet… on apprend !

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