Quelle règle pour demain au Lycée ?

Nous en avons tous conscience : la règle vestimentaire du ROI doit être modifiée. Depuis septembre 2019, une cellule de professeurs a cette lourde tâche pour mission. Nous sommes allés à la rencontre du duo à la tête de ce projet : Arnaud Serniclaes et Vivian Collard.

Une interview réalisée par Cédric Thiry et Enguerrand de Salle.

BiBySix : Qu’est-ce qui a poussé les professeurs à vouloir changer la règle vestimentaire ?

      V. Collard (V.C) : Le but n’est pas que ce soit uniquement les professeurs qui la modifient, mais aussi vous, les élèves, suite à une réflexion avec les délégués, les membres du personnel, enseignants et éducateurs et la direction. Par contre, on a décidé de ne pas négocier cela avec les parents, pour que cela reste vraiment entre les différents acteurs de l’école.  Cependant, il ne faut pas s’attendre à une réécriture cette année. Nous allons bientôt faire une proposition, mais c’est un processus qui est long et fastidieux.

      A. Serniclaes (A.S) : Pour revenir à votre question, en réalité, la question vestimentaire est une question qui est venue assez naturellement. Il faut savoir que dès qu’on a reçu cette mission, nous avons réalisé un sondage auprès des élèves et des professeurs pour connaître les règles les plus discutées. Souvent la règle vestimentaire revenait. On s’est rendu compte que que les élèves n’étaient pas “ok” avec cette règle-là. Donc on a su très rapidement que ça allait être le point chaud mais qu’il allait être hyper clivant. Nous nous sommes dit qu’à priori, c’était la partie qu’on travaillerait à la fin. En effet, nous avons un délai de six ans pour cette mission, et nous sommes dans la troisième année. Et donc, nous voulions faire cette partie une fois que l’on avait acquis une bonne expérience. Sauf que l’année passée, il a fait vraiment chaud vers mai, juin, et une polémique a débuté en France sur des filles qui étaient habillées un peu légèrement. Cela est arrivé chez nous et certains profs sont venus interpeller la direction en disant qu’ils n’étaient pas à l’aise, qu’il y avait des tenues trop légères. Après sont venues les vacances, mais, en septembre, le même problème est revenu. La direction en a donc fait une priorité. Notre agenda a été changé : la règle vestimentaire ne peut plus attendre !

BiBySix : Qu’est-ce que vous voulez concrètement changer dans le règlement et en quoi est-ce difficile ?

      A.S : le but de la démarche est d’entendre les élèves, d’entendre les collègues. Et ça part vraiment dans tous les sens ! Pour vous donner un exemple, le premier après-midi où nous avons travaillé dessus, nous étions une quinzaine de profs, et nous n’avons pas avancé d’un seul mot commun pour un éventuelle réécriture. C’est-à-dire que cela partait dans toutes les directions, certains voulaient rester vagues, tandis que d’autres voulaient tout préciser. Actuellement, ça prend une autre orientation : on a envie de  former les enseignants, mais aussi, à long terme, les élèves aux questions suivantes : “c’est quoi la question du genre ? c’est quoi la culture du viol ?” On a envie plutôt d’orienter vers un débat, (…) On ne trouvera pas un concensus à 100%, mais nous, ce qu’on veut, c’est ouvrir un débat afin que les gens s’entendent : Que le prof ait du respect envers l’élève et que l’élève comprenne pourquoi il a reçu une remarque. Mais pour répondre à la question :  à quel point est-ce dur ? C’est que les gens ont des visions totalement différentes. 

BiBySix : Quelle place allez-vous laisser aux élèves dans le processus ?

A.S et V.C : Les élèves seront inclus dans la réflexion, via les délégués. On fait juste fonctionner ce qui existe déjà, en tentant de perfectionner ces organes (conseil de délégués avec adultes encadrant). On est en train d’améliorer la communication, s’assurer que ça se passe bien, que les conseils soient convoqués régulièrement, que les PV et ordres du jour soient communiqués… Car à un certain moment, les délégués vont être amenés à se positionner en conseil de participation sur le travail de la cellule et à y faire des propositions. Ça veut dire qu’on va entendre les élèves au travers des délégués. Mais la règle finale ne tiendra forcément pas compte de tous les éléments amenés par les élèves ou par les membres du personnel. Donc on va entendre tout ça, et puis c’est nous deux, avec toute la cellule derrière nous, qui allons rédiger.

Pour comprendre le jargon…

La cellule  pilotée par Arnaud Serniclaes et Vivian Collard s’inscrit dans le cadre de « l’objectif spécifique 1 » (l’OS 1) lié au « plan de pilotage », lui-même lié au « pacte d’excellence ». 

Le conseil de participation est un organe consultatif qui réunit des représentants des élèves, des représentants des professeurs, des représentants des parents et les trois membres de la direction.

Un avis sur « Quelle règle pour demain au Lycée ? »

  1. pourquoi est-ce que ce sont deux hommes qui sont à la tête du projet de changement du ROI sur le code vestimentaire ? comme vous l’expliquez les règles vestimentaires concernent plus spécifiquement les femmes et sont liées à la structure patriarcale de notre société et plus particulièrement à la culture du viol. il faut donner la parole aux femmes!

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