La sonnerie

C’était une classe.  

C’était à une heure avancée de la matinée. Tout était calme. Leur enseignant faisait de lents allers et retours devant le grand tableau blanc noirci de formules stœchiométriques. Alors que l’adulte parlait et expliquait, dans le public, tout différait. Certains élèves notaient alors que d’autres laissaient trainer leurs yeux d’un air distrait. Des téléphones apparaissaient aussi vite qu’ils disparaissaient pendant que les coups d’œil et les chuchotements fusaient. 

En résumé une classe banale. 

Un dessin gribouillé sur un banc, un bic tombé sous la chaise, un petit mot griffonné à la hâte qui passait de mains en mains, le délit d’avoir osé consulter son téléphone, tel était le quotidien d’une vingtaine d’élèves. 

Leurs pensées, leurs apparences, leurs actes divergeaient, mais il suffit pourtant d’une simple seconde afin de tous les rapprocher. 

Il suffit d’une pression sur le minuscule bouton qui ornait un portable. Aussitôt, quatre petits chiffres apparurent, comme surgit du néant. Cela suffit. Il redevint automatiquement noir…fut rangé. 

L’acte en lui-même ne prit que quelques secondes, mais à sa suite, d’autres élèves le reproduisirent. Ce fut une série de coups d’œil vers le bas et de cliquetis qui se succédaient. 

Puis…un bruissement, suivit d’un autre. 

L’atmosphère qui était jusque-là d’un calme léthargique se mit à s’éveiller lentement. L’agitation augmentait au rythme du bourdonnement continus des feuilles de papiers. A l’unisson, les jeunes esprits se pressaient, poussés par une impression irréelle de liberté proche. 

Lorsque la sonnerie tant attendue retentit enfin, le brouha de la cohue l’étouffa. Les stylos et les crayons étaient rangés avec précipitation dans les plumier et housses, accompagnés des chaises raclant le sol. Jamais la classe s’avait été aussi animée. 

Petit à petit, le troupeau s’éloigna. Leurs sabots raclant avec rage le sol. C’était une rage de liberté, une promesse bientôt tenue. 

Puis ce fut le calme… 

Texte écrit par Apolline THIRY

Laisser un commentaire