Damien Dejemeppe est le directeur du Lycée depuis bientôt 15 ans. Avant de remplir cette fonction, il y était déjà professeur (de religion) et en même temps, directeur dans le secteur privé. Il n’a pourtant vécu qu’un seul voyage rhéto : le sien quand il était étudiant. Rencontre avec celui qui coordonne ce délicat dossier.
Une ITW de Cyanne Irakoze.
ByBiSix : Où en est-on actuellement dans l’organisation des voyages ?
Damien Dejemeppe : On a les résultats des inscriptions aux voyages. Cette année-ci, il n’y en aura qu’un seul ! Comme il n’y en a qu’un avec un nombre de demandeurs qui n’excède pas l’offre, ça va être assez simple à gérer puisqu’il suffit que les personnes payent les arrhes, la première tranche à payer. C’est une année facile, pour cette raison ! Ceci dit, c’est assez interpellant puisque ces dernières années, on avait environ 80 à 90% de jeunes qui partaient en voyage rhéto. Cette année – bien qu’il y ait deux voyages avec maximum 150 personnes, ce qui est déjà beaucoup, finalement -, on a 68 personnes qui partent sur 226 rhétos, donc ça veut dire un quart des rhétos. Alors, on peut l’expliquer de différentes manières (on comprendra mieux après), mais il est probable que c’est lié aussi à la crise qu’on connait et que ces voyages coûtent relativement cher : le prix du voyage de cette année-ci, c’est 856€ et comme c’est un voyage non-obligatoire, le fond de solidarité n’intervient pas.
ByBiSix : Il n’y a que 3 inscrits pour le voyage à Barcelone, quelle conclusion en tirez-vous ?
Par rapport au fait qu’on ait choisi un voyage plutôt que l’autre, clairement c’est, je suppose, que les élèves se sont parlés entre eux. Je pense qu’on devrait questionner les jeunes sur ce qui a fait qu’ils ont choisi le voyage de Croatie plutôt que l’autre. Par hypothèse, on a affaire à des personnes encadrantes qui sont plus jeunes et aussi peut-être, le voyage en Croatie est plus ouvert sur autre chose que simplement de la ville. On pourrait retourner les arguments. (…) Ça vaudrait la peine de faire une enquête sur les 68 personnes qui ont choisi la Croatie. Ce ne sont que des hypothèses puisque je n’ai pas de réponses que je formulerai aujourd’hui sur le choix de ce voyage-là.
ByBiSix : Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de l’organisation ?
Ce qui est délicat, toujours, c’est qu’on annonce un dispositif de voyage qui prévoit que, s’il y a trop de demandes par rapport à l’offre, il y aura des tirages au sort. Une autre difficulté prospective, mais qui ne se présente pas cette année-ci, c’est qu’on offre moins de places que ce qu’on avait pu imaginer de la demande. Donc on avait 150 places et si la demande avait été classique, par rapport à celle qu’on recevait les autres années, on aurait pu avoir 180, 190 rhétos qui partent. Donc pour bien expliquer le projet, lors de la séance d’informations, j’ai remis l’état d’esprit du voyage et les balises, les limites du voyage et c’est ça qui est compliqué, chaque fois, c’est réexpliquer dans quel cadre on est, dire qu’on aimerait bien faire autrement, c’est-à-dire offrir un voyage à toutes les personnes qui le souhaitent mais ce n’est pas toujours possible, et ça prend du temps. Dans ma perception, j’avais l’impression d’être très clair dans ce que j’ai proposé et dans les balises du voyage, j’ai organisé une rencontre en auditoire parce que rien ne vaut l’interaction en réel sur ce genre de chose-là, les personnes ont pu poser leurs questions à la fin. Je trouve qu’on avait bien préparé le voyage et je trouve que dans les années ultérieures, il faudra qu’on maintienne cette présentation du voyage en auditoire pour que tous les acteurs décisionnels, les parents et les jeunes, aient une bonne et même information au même moment. Par contraste, ce qu’on a vécu, notamment l’année passée, n’ayant pas fait une présentation en auditoire, on a eu énormément de critiques et d’incompréhension sur nos balises avec des gens qui n’avaient pas nos limites, notre manière de gérer et peut-être même l’état d’esprit du voyage. Quand un projet de ce type-là n’est pas compris, ça génère une multitude d’interventions et parfois d’agressivité qu’on ne souhaite pas rencontrer. Les voyages tels qu’ils sont présents aujourd’hui, avec un opérateur extérieur, différents champs (culturel, détente), c’est ceux qui correspondent bien à ce qu’on souhaite. Ça doit rester, évidemment, des voyages scolaires, ce ne sont pas des voyages privés, et enfin ça restera toujours un voyage soumis à la bonne volonté et à l’engagement volontaire des membres du personnel, on ne peut pas sortir de là. Cette année-ci, on avait constaté qu’on n’avait pas de troisième voyage. On en avait que deux et de ces deux voyages, un a été éliminé par les élèves… comme l’année passée d’ailleurs.
ByBiSix : Yves, dans notre rencontre, évoque une double causalité, la hausse du nombre d’élèves et la hausse des coûts. Avez-vous une autre explication ?
Les causes des difficultés dans l’organisation des voyages c’est, comme j’ai dit, le volontariat du personnel : si je n’ai pas d’équipe, je ne sais rien faire. La deuxième chose, c’est qu’éventuellement, il y ait un excès des demandes par rapport à l’offre et donc le dispositif qui est derrière génère énormément de frustration et parfois de tension entre les élèves eux-mêmes parce qu’on doit les tirer au sort et qu’on les retire d’un voyage. On ne le vit pas cette année-ci donc tant mieux, c’est apaisé. Par rapport au futur, avoir des voyages moins onéreux avec une destination dans un pays étranger, ce n’est presque pas possible sauf à trouver des voyages sans infrastructures hôtelières… On va alors tomber dans des voyages différents, probablement qu’on n’aura plus d’opérateur qui va intervenir et ça, on n’est pas prêt à les organiser. Etant donné que c’est ma dernière année professionnelle, je ne devrai plus reprendre ce flambeau l’année prochaine mais j’ai des mauvaises expériences du passé, qui m’ont fait modifier la structure des voyages : des personnes qui organisaient elles-mêmes les réservations dans des gîtes en montagne, par exemple. Or, sans opérateur, ça veut dire qu’il n’y a pas de centralisation de factures et il y a des problèmes d’assurance. Au contraire, quand on a un opérateur agréé, il y a une assurance sur tout ce qui peut arriver durant un voyage – y compris l’annulation du voyage en lui-même ou des défauts par rapport à un fournisseur, transporteur, etc….. Ça, c’est quand même précieux parce que nous ne sommes pas des voyagistes. Notre métier n’est pas d’organiser des voyages, c’est de les permettre.
Une chose que je n’ai pas mentionnée et qui a été difficile à un moment donné en termes d’organisation, c’est qu’on n’était pas parti sur une idée de charte. Or, je trouve que, dans un voyage de ce type-là, la charte est indispensable pour qu’on se comprenne bien l’engagement de chacun. Dans sa formulation, la charte actuelle montre les responsabilités, ce n’est que du bon sens… mais c’est au moins écrit et ça permet aux encadrants d’avoir un point d’appui par rapport à ce qui pourrait être un dérapage. Faire un voyage sans avoir l’engagement des jeunes qui respectent le cadre alors que le voyage se passe lors d’un congé et à 80, c’est prendre beaucoup de risques. Je ne suis pas sûr aujourd’hui que dans le futur, si on ne repasse plus par ce genre de dispositif avec charte et engagement des jeunes, il y aurait encore des adultes qui partiraient parce qu’ils n’ont pas envie d’être mal menés. Finalement dans la soupe, il y a une série de légumes et chaque légume est important pour que la soupe soit bonne.
ByBiSix : Quelle énergie cela vous demande ? A quel point ça vous prend la tête ?
Ce qui me prend le plus d’énergie, c’est surtout la gestion lorsqu’il y a un tirage au sort. Il y a toute une série de va et vient et de tension. A ce moment-là, il y a aussi des incompréhensions de parents et tout le monde s’en mêle, là ça me prend la tête. Donc, le reste, à partir du moment où je lis les balises qu’on a défini à savoir : l’organisation des voyages avec les volontaires, le choix de voyages, la charte avec les élèves, la réunion d’informations avec tout le monde dans un dispositif avec ce type d’étape-là, c’est gérable. Là où ça dérape souvent, c’est s’il y a des tirages au sort parce qu’il faut gérer toutes les frustrations et parfois les tensions entre les élèves et c’est très lourd. L’année passée ma collègue, Monique Bollen qui est partie début novembre, gérait ça et la personne qui lui a succédé, Caroline Sandron, a encore dû gérer ça en novembre. Je suis très content que pour ma dernière année professionnelle, je n’ai pas à le faire.
Retrouvez l’ITW de Yves ici
