Maison Renard et Don’t look up : 2 visions d’une société en perdition

Au mois de mars, notamment dans le cadre du printemps des sciences, plusieurs classes ont été invitées à assister au spectacle Maison Renard, conçu et interprété par Alexandre Dewez. Quelques mois plus tôt, sortait le film Don’t look up, réalisé par Adam McKay et avec Leonardo DiCaprio et Jennyfer Lawrence à l’affiche. Quel rapport ? Le constat d’une société qui mène vers un effondrement inévitable. 

Une critique/opinion d’Adrien Van Sull

Dans le spectacle, Alexandre Dewez joue le personnage de Bertrand Renard, entrepreneur dans la construction de BAD, Bases Autonomes Durables. Parmi les menaces de catastrophes sanitaires, nucléaires ou climatiques, toutes les raisons semblent bonnes pour investir dans ces bunkers de survie. En s’appuyant sur des données scientifiques véridiques et sur un humour cynique et glaçant, Bertrand fait tout pour convaincre le public de la nécessité de ses installations. A la fin du spectacle, les spectateurs ont pu débattre avec le comédien et deux intervenants, Olivier de Schutter et François Massonet, professeur et chercheur à l’UCLouvain. 

Dans le film Don’t look up, la doctorante en astronomie Kate Dibiasky fait une découverte incroyable, la venue d’un astéroïde à proximité de la Terre. Problème, ce corps céleste de plusieurs km de long file en réalité droit vers notre planète et menace d’exterminer la quasi-totalité de la vie présente. Avec son professeur, Randall Mindy, elle essaie donc d’alerter le monde de sa découverte. Entre moquerie des médias, intérêts financiers et corruption politique, leur message se perd vainement dans l’absence de réaction. Malgré la possibilité technique d’éviter la catastrophe, la communauté internationale, dans ses disputes absurdes, politiques ou économiques, échoue à faire dévier l’astéroïde et donc à sauver l’essentiel : la vie sur Terre. Ici aussi, on retrouve plusieurs touches d’humour bien dosées qui permettent de mieux faire passer le caractère anxiogène de l’histoire. A travers la fiction, on retrouve également des références très nettes à nos sociétés actuelles et aux enjeux climatiques. 

Ces deux œuvres critiquent le manque de réaction de nos sociétés face aux crises climatiques, et donc migratoires, géopolitiques, sanitaires, économiques et sociales qui se présentent face à nous. En effet, le dérèglement du climat, à la longue, impacte violemment certaines régions du monde, les rendant inhabitables, comme les iles du Pacifique qui menacent de couler sous la montée des eaux ou encore l’Inde, le Pakistan et la péninsule arabique où les températures toujours grimpantes rendent ces régions invivables. De plus, la raréfaction des ressources, surtout agricoles, accentue les tensions. Il est clairement démontré que ces changements soudains ces deux derniers siècles proviennent du rejet en masse de gaz à effet de serre (GES) suite aux activités humaines, depuis les révolutions industrielles.  

Pour lutter contre ces catastrophes, nos efforts individuels sont bénéfiques. A notre échelle, il nous faut prendre de nouvelles habitudes. Certes. Mais comme le rappelle les deux œuvres, ces engagements individuels ne sont pas suffisants. Les activités de nos quotidiens ne sont à l’origine que d’une minorité des émissions de GES anthropiques. Les industries mondialisées, la production de masse, le transport permanent sont les principales causes de ces dérèglements et doivent être régulés. Et comme le cite le dernier rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la solution réside dans l’instauration d’une politique écologique forte. Car le moyen le plus efficace de contraindre les plus grands pollueurs de limiter leurs émissions de GES, c’est l’instauration de lois par nos politiques. En Belgique, nous, citoyen·ne·s, avons la possibilité de faire pression sur nos élus pour mener ces changements. Selon Olivier de Schutter, soutenir les initiatives qui garantissent un monde durable est la solution la plus efficace que nous avons d’agir. Il nous faut par conséquent réinventer nos sociétés. Se détacher de la surproduction et de la surconsommation. Remettre des moments plus essentiels à la base de l’épanouissement et du bonheur de chacun·e, comme les rapports humains et le contact à la nature, au lieu de se focaliser sur la spéculation et la consommation. Il nous faut donc à présent choisir ce que nous voulons préserver. Une économie basée sur une croissance absurde infinie qui nous mène vers des crises répétées, ou un monde viable dans lequel nous pouvons nous épanouir ? 

Maison Renard et Don’t look up, par les parallèles à nos sociétés, permettent de (re)prendre conscience des enjeux écologiques et politiques qui nous font face. Bien qu’un peu anxiogène, ce sont 2 très bonnes œuvres, captivantes et qui poussent à la réflexion. Le film est à visionner sur la plateforme Netflix. Le spectacle est représenté régulièrement en Belgique et en France (voir le site https://maison-renard.be). En bref, le slogan de Maison Renard résume au mieux le sentiment à retenir : « Préparons-nous au pire, et espérons le meilleur ! » 

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